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  • La chute de Meriv

     

    Sud de la Nemosia, année 583 du calendrier planétaire.

     

    Le visage lumineux projeté par la console holographique affichait une expression de plus en plus menaçante.

    — Monsieur l’édile, vous êtes en train de jouer un jeu très dangereux, affirma le Thars. Les conséquences de votre décision peuvent s’avérer catastrophiques pour votre cité.

    Crysarios Darek ne se laissa pas démonter par le ton condescendant de son interlocuteur.

    — J’en suis conscient, monsieur le Gouverneur. Mais les habitants de Meriv m’ont justement élu comme édile parce que je suis le seul à oser affronter ces conséquences. À vous affronter, devrais-je dire.

    — C’est inadmissible ! s’emporta le Thars. Votre inconscience vous coûtera cher, monsieur Darek !

    — Peut-être… en attendant, au nom de la population de cette ville, je vous demande une dernière fois de partir avec tous vos compatriotes.

    La voix du Gouverneur des colons nordiques devint glacée, tandis que son hologramme fixait Crysarios d’un air méprisant.

    — Je vous avais prévenu, Darek.

    La communication fut coupée. Crysarios se dégagea de la console en se renversant dans son fauteuil avec un soupir. Son épouse, qui n’avait rien perdu de la conversation, s’approcha alors et posa ses mains de part et d’autre de sa nuque puissante.

    — Tu as pris la bonne décision, dit-elle en massant les épaules de son mari.

    — J’espère, Valeria. Mais tu as entendu leur chef, ça va barder. On a bien fait de mettre Leanne à l’abri avec les autres enfants… je serais plus rassuré que tu la rejoignes, à vrai dire.

    Leur fille âgée de quatre ans à peine était sous la protection de tout un bataillon de gardes, cachée à l’abri dans des abris souterrains, avec une bonne partie des habitants de Meriv. Se doutant du conflit que leur révolte allait engendrer, ils avaient pris des dispositions. Crysarios fit pivoter sa chaise pour faire face à sa femme, en lui lançant un regard insistant. Valeria secoua la tête.

    — Il est hors de question que je te laisse tout seul, si la situation dégénère.

    — Elle va dégénérer, ce n’est qu’une question de temps. Je ne veux pas que tu t’exposes au danger.

    — Je suis à tes côtés depuis le début, j’y resterai quoi qu’il arrive, assura Valeria.

    Crysarios se leva pour la prendre dans ses bras. Ils s’étreignirent un moment, puis suivant une impulsion commune, le jeune couple s’approcha de la baie vitrée en demi-cercle qui donnait vue sur la mer, en se tenant par la main.

    La mer Orange ne méritait plus son nom. Les vagues qui venaient s’échouer sur le rivage charriaient des quantités impressionnantes d’algues nauséabondes et de déchets industriels en tout genre. Pendant des siècles, la cité de Meriv avait été considérée comme la capitale du corail.

    Située sur une presqu’île à l’embouchure du fleuve Nemos, elle accueillait encore quelques-uns des joailliers spécialisés dans la confection de bijoux coralliens, des pêcheurs d’animaux exotiques et des cueilleurs d’algues aux nombreuses propriétés médicinales. À présent, tous ces gens étaient désœuvrés, désorientés, impuissants devant l’effondrement des écosystèmes qui avaient fait le prestige de la région. Nombre de ses habitants avaient quitté Meriv ou projetaient de le faire. L’exode était déjà entamé.

    Même les célèbres herbes-cornalines qui parsemaient les fonds côtiers d’une splendide couleur orange avaient disparu face à la pollution. Depuis que des alliances avaient été forgées avec les Thars pour exploiter les ressources de la région, les accords commerciaux de plus en plus invasifs avaient donné lieu à une véritable colonisation de leur part.

    Les nordiques avaient investi le secteur avec leurs constructions ultra-modernes : immeubles, usines, commerces… Les prédécesseurs de Crysarios les avaient laissé faire en s’enrichissant grassement, jusqu’à ce que les écosystèmes soient complètement épuisés, envahis par la pollution.

    La source de la prospérité à présent tarie, les Merivois venaient d’élire un nouveau dirigeant pour mettre les Thars dehors. Ils ne manquaient pas de courage, mais d’aucuns considéraient qu’il était déjà trop tard. Les dégâts s’avéraient irréparables à court terme. Il faudrait des générations entières de nettoyage pour venir à bout d’un tel gâchis.

     

    (arbres retouchés. Crédit photo : The Photographer)

     

    Une sonnerie résonna sur le communicateur du bureau de Crysarios. Au même instant, Valeria poussa un cri étouffé en tendant le doigt vers une autre baie vitrée donnant sur la ville. Le nouvel édile se précipita vers son bureau en jurant devant la scène qui s’offrait à ses yeux.

    Les vaisseaux des colons nordiques semblaient occuper tout le ciel au-dessus de la côte, sur la partie moderne de la cité qui avait triplé de volume en seulement quelques décennies. Leurs ombres s’étendaient sur les immeubles comme des ailes menaçantes, funestes.

    — Bien sûr que je les vois ! s’écria Crysarios dans son communicateur. Vous avez déjà vos consignes, lancez l’opération tout de suite !

    Des appareils nemosians décollèrent aussitôt de l’aéroport pour s’avancer vers les engins thars.

    Crysarios s’approcha de son épouse et l’embrassa.

    — Tu es sûr que cette manœuvre d’intimidation va porter ses fruits ? demanda-t-elle, inquiète.

    — Non, répondit-il franchement. Je l’espère mais je n’en suis pas sûr. Nous sommes en minorité et notre armement est moins important que le leur. Je ne pensais pas qu’ils agiraient si vite.

    — Il est risqué de bluffer avec ces gens… dit Valeria d’une voix angoissée.

    — J’ai un autre atout dans ma manche, révéla Crysarios avec un sourire mystérieux. Viens maintenant, le temps presse.

    Valeria s’apprêta à poser une question pour en savoir davantage, mais les premières détonations éclatèrent. Le jeune couple quitta la maison en courant pour s’engouffrer dans l’appareil qui les attendait dehors. Ils décollèrent à toute vitesse pour se joindre à leur groupe de vaisseaux.

    Les Thars commençaient à bombarder leurs propres bâtiments désertés. Ils savaient que la majeure partie de la population de Meriv s’était regroupée dans la vieille ville et sa citadelle. Acculés dans une impasse diplomatique, sommés de s’en aller par les habitants locaux et lâchés par leur propre gouvernement, ils avaient décidé de ne rien laisser derrière eux.

    Crysarios donna des ordres et son appareil fut le premier à engager le combat. Une partie des vaisseaux merivois entreprirent d’attaquer ceux des nordiques, pour les empêcher de pilonner les extensions modernes de la cité. Les autres restaient au-dessus de la citadelle pour la protéger.

    Malgré les efforts des nemosians, ils ne parvinrent pas à empêcher les colons nordiques de détruire la partie de la cité qui leur avait appartenu.

    Il était primordial de protéger la population regroupée dans la vieille ville. Trop peu nombreux, les appareils merivois qui tentaient d’attaquer ceux des colons furent rapidement détruits ou mis en déroute.

    À côté de l’appareil de l’édile, un des vaisseaux qui les escortaient explosa dans une grande gerbe de flammes. Leur propre aéronef fut secoué, puis soudain touché par des tirs. Ils durent se poser en catastrophe parmi les décombres.

    Un autre engin vint aussitôt à leur secours.

    — Monte avec eux ! cria Crysarios à sa femme. Je dois m’occuper d’une chose que je suis seul à pouvoir faire.

    Valeria lui lança un regard de reproche.

    — Ton fameux atout ?

    Crysarios acquiesça en la poussant sans ménagement vers la passerelle du vaisseau qui était venu les chercher. Valeria s’y réfugia à contrecœur, entourée de gardes. L’édile regarda l’appareil s’éloigner un instant, puis il courut vers l’entrée d’un passage secret dans les tunnels souterrains.

     

    Valeria prit la tête des défenses aériennes. Malgré leur courage, les vaisseaux nemosians ne parvenaient pas à repousser ceux des Thars. Subissant de lourdes pertes, ils durent bientôt se replier autour de la vieille ville pour consolider le rempart aérien formé par leurs engins volants.

    Ils assistèrent, impuissants, à la destruction complète des usines, des commerces et des immeubles d’habitation que les Thars avaient mis des années à construire. Moins d’une heure suffit pour que toute la partie moderne de Meriv soit en ruines.

     

    (crédit image : GsFDcY)

     

    Un immense champ de gravats occupait à présent tout l’espace le long de la côte.

    La flottille des colons nordiques s’approcha dangereusement de la citadelle sur la presqu’île.

    — Préparerez-vous à défendre chèrement votre peau ! lança Valeria aux hommes et aux femmes qui l’entouraient dans le vaisseau. Quelqu’un sait où est passé mon mari ?

    Mais personne ne savait où Crysarios se trouvait, ni même s’il était encore vivant. Résignée à se battre jusqu’au bout, Valeria allait donner l’ordre d’ouvrir à nouveau le feu quand ils assistèrent à une scène étonnante.

    Un appareil nordique s’inclina dangereusement vers le sol, et juste avant qu’il ne s’écrase, des témoins purent apercevoir une silhouette en émerger en effectuant un bond incroyable vers un autre vaisseau thars. Celui-ci ne tarda pas à foncer vers un troisième appareil. Les explosions provoquèrent des cris de joie parmi les Nemosians.

    Ils en profitèrent pour lancer de nouvelles attaques sur les vaisseaux ennemis qui restaient en formation serrée.

    On aperçut encore une forme sombre, se déplaçant avec une telle rapidité que personne ne pouvait affirmer de qui ou de quoi il s’agissait. L’apparition bondit à nouveau d’un vaisseau en flammes avant qu’il ne s’écrase, sur un autre encore intact. Elle pénétra à l’intérieur et quelques instants plus tard, cet engin ouvrait le feu sur ceux de son propre camp.

    Ce revirement de situation plongea les nordiques dans la plus grande confusion. Assaillis de toutes parts, ils rompirent enfin la formation d’attaque pour se replier.

    Dans l’euphorie, Valeria donna l’ordre de les poursuivre jusqu’à ce qu’ils aient quitté l’espace aérien de la région. Ce fut une terrible erreur. Plusieurs engins thars se retournèrent pour riposter et son vaisseau fut sévèrement touché.

    Avant que son aéronef ne s’écrase sur le champ de décombres qu’était devenue Meriv, Valeria eut une dernière pensée pour son mari et leur fille Leanne.

     

    Crysarios arriva bien trop tard pour leur porter secours. Il ne retrouva que des corps calcinés dans les restes de l’appareil, dont celui de sa femme.

    Terrassé par la douleur et le chagrin, il n’était plus que l’ombre de lui-même alors que la foule en liesse le portait en triomphe jusqu’à la citadelle. Il fondit en larmes quand on amena sa fille saine et sauve avec les autres enfants, et qu’elle demanda où était sa maman. Incapable de dire un mot, il la prit dans ses bras en la serrant très fort.

    La cité venait de retrouver son indépendance, ils avaient réussi à chasser les Thars. Mais à quel prix ? Toute la nouvelle ville avait été rasée par les bombardements des colons. Malgré les mesures prises pour protéger la population, on dénombrait des centaines de morts.

     

    Crysarios devint le héros de Meriv le jour même où il perdit son épouse.

    Il fit de son mieux pour élever Leanne tout seul, elle qui n’allait garder aucun souvenir de sa mère alors qu’elle lui ressemblait tant.

    Il garda précieusement son secret concernant l’aide qu’ils avaient reçue. Personne ne sut jamais quelle était cette étrange apparition qui était intervenue avec une telle efficacité. Insecte, humain, machine ?… Des rumeurs coururent pendant un temps, certaines complètement invraisemblables. La plus réaliste prétendit qu’il s’agissait d’un commando de plusieurs mercenaires d’élite que Crysarios avait secrètement engagé. On se demanda même s’il ne s’agissait pas de Thars ayant trahi leur propre camp.

    Mais cette triste victoire ne put empêcher la poursuite de l’exode.

    L’environnement était tellement saccagé que les gens finirent par désespérer de faire revivre cette région. Meriv fut progressivement désertée par la majeure partie de ses anciens habitants. Les Nemosians ne gardèrent que le souvenir de tous les hommes et les femmes qui s’étaient sacrifiés pour reprendre possession de leur cité.

     

    ♦◊♦

     

    Vingt-cinq ans plus tard en l’année 608, au moment où débute le roman, Crysarios Darek est toujours l’édile de Meriv. Même lorsque sa fille atteignit l’âge adulte et quitta la région pour vivre à Cruzco, une autre grande ville nemosiane, il ne se remaria pas. Il décida de rester pour tenter de redresser la cité, et surtout de nettoyer les écosystèmes ravagés de cette région qui jadis fut splendide.

    On raconte que c’est depuis cette bataille tragique que certaines régions de la Nemosia se sont liguées contre la monarchie. À cause des conséquences de leurs alliances avec les nordiques, il s’agit désormais d’un pays déchiré, divisé quant à l’influence des Thars sur la famille royale. Depuis les palais de leur capitale, les dirigeants ne semblent guère se soucier de sacrifier certaines régions lointaines, en échange de certains avantages.

    Ainsi se termina la longue chute de Meriv la belle, ancienne capitale maritime du corail, ancienne fierté du peuple nemosian, devenue symbole de honte et de gâchis.

    Et pourtant, ailleurs en de nombreux endroits, les humains continuèrent de saccager leur environnement.

     

     



     


  • Lexique de la planète

    (Mis à jour le 07/05/20)

     
    Voici un lexique permettant aux lecteurs et lectrices de s’y retrouver avec les termes exotiques propres aux romans.

    Cet article nettement plus long que les autres n’est pas destiné à être lu d’une seule traite, mais à accompagner et compléter la lecture des romans selon les termes rencontrés. Il est fort probable que ce lexique tende à s’enrichir de nouveaux mots, au fur et à mesure du développement de nouvelles publications liées à cet univers.

    Si certains mots figurant ici ne sont pas présents dans les histoires déjà publiées, ils feront leur apparition dans d’autres ouvrages concernant la planète Entom Boötis.
     

    A

    Akoumbé : capitale de la Nemosia, située dans la partie centrale du pays sur le parcours du fleuve Nemos.

    Ambremiel : pierres translucides de couleur ambrée, issues de la cristallisation extrême du miel des aporims. Les moniales de l’ordre Ophrys sont les seules à en porter.

    Aporim : insecte social butineur, vivant en colonies et produisant du miel avec le nectar de certaines fleurs géantes. Espèce alliée aux Sœurs Ophrys.

    Arane : nom vernaculaire désignant l’ensemble des espèces d’arachnides sur Entom Boötis.

    Arbres-montagne :  végétaux les plus imposants jamais recensés sur cette planète ou une autre. Ils peuvent mesurer plusieurs centaines de mètres de haut et vivre des dizaines de milliers d’années. Leur taille gigantesque leur permet d’abriter de nombreuses colonies d’insectes et même quelques villages arboricoles.

    Arcoshaï (contraction des termes arcologie et Shaïli) :  moniale de l’ordre Ophrys spécialisée dans les constructions architecturales et les relations avec les terims, les insectes bâtisseurs. Elles portent des robes gris-bleu.

    Armaz : immense océan unique, occupant principalement la partie occidentale de l’hémisphère nord.

    (Arbre-montagne juvénile)

     

    B

    Batumen (terme issu de l’entomologie terrienne) :  un des matériaux de construction des aporims. Il s’agit de géopropolis mélangée avec de la cire secrétée par les ouvrières.

    Belirave : tubercule populaire des régions tempérées à froides, une épaisse peau rugueuse de couleur brune protège sa chair blanche.

    Buhsi : communauté semi-nomade vivant dans le Calsynn, dont le mode de vie primitif est pratiquement exempt de technologie. Vivent principalement de l’élevage et la chasse d’insectes.

    C

    Calsynn : vaste étendue aride située aux confins nordiques de la Ceinture Tropicale, frontalière avec le Tharseim au nord et la Nemosia au sud.

    Castes: elles sont au nombre de sept pour organiser le fonctionnement de la société du Tharseim. Chaque caste est représentée par une couleur. Un ou plusieurs triangles de la couleur appropriée désignent le rang et la caste de chaque personne sur les tenues noires des nordiques.

    Celtica : principale mégapole de la partie orientale du Tharseim, au bord de la mer du Silence.

    Cilide (dérivé du nom latin des moustiques terriens « culicidae ») : insecte ailé des zones humides tropicales, se nourrissant à l’origine exclusivement de l’hémolymphe d’autres espèces d’insectes. Montre une prédilection pour le sang chaud des humains depuis l’arrivée des premiers colons.

    Citrimone : plante médicinale herbacée poussant dans les régions tropicales, recouverte d’un duvet blanchâtre et dégageant un fort parfum citronné.

    Copoce : crustacé terrestre possédant quatorze pattes, capables de se replier dans leur carapace conique extrêmement résistante. Lucifuge, affectionne particulièrement les grottes.

    (Calsynn)

     

    D

    Daruba : arbre-montagne extrêmement toxique des forêts de Valoki. Lors de leur cérémonie d’admission, les Matria de l’ordre Ophrys consomment l’élixir de Daruba qui les rend irrémédiablement stériles.

    Désert Agriote (du nom d’un coléoptère terrien) :  situé au cœur du Calsynn dont il occupe la plus grande partie, ce désert chaud est le plus vaste de l’hémisphère connu.

    Dji : infusion constituée d’un mélange de plantes aromatiques originaires de Valoki, souvent agrémentée d’épices et de miel. Son usage s’est répandu à tout l’hémisphère en raison de sa saveur agréable et ses nombreuses propriétés médicinales.

    Dogou : ville portuaire nemosiane située sur les rives orientales de l’océan Armaz, devenue la principale ville maritime de la Nemosia depuis la chute de Meriv.

    Droselle : sorte de petites mouches butineuses mesurant une trentaine de centimètres d’envergure. On trouve des droselles partout mais elles ont pratiquement disparu du Tharseim. Une espèce endémique vit dans le désert Agriote où elles représentent les seuls insectes pollinisateurs. Les battements de leurs ailes sont si rapides qu’en vol elles semblent entourées de parenthèses transparentes.

    Drosine : cousins des droselles habitant les zones marécageuses, ces insectes volants se nourrissent principalement de végétaux en décomposition. Leurs larves dévorant les racines sous la terre, leur prolifération est nuisible pour les cultures.

     

    E

    Elgadir : plus grande ville du Calsynn et seule agglomération d’importance sur les côtes calsy de l’océan Armaz. Elle est considérée comme la capitale bien qu’aucune administration centrale ne gouverne ce pays.

    Eniapur : cité principale de la province de Hivao, sur les côtes occidentales valokines au bord de la mer de Nacre.  Proche du célèbre archipel des pêcheurs de coquillages, elle est considérée comme la capitale maritime de la Valoki.

    Enil: la plus grande des deux lunes de la planète Entom Boötis, de couleur blanc bleuté. Les mystiques la considèrent comme un symbole de sagesse et de pureté. Il lui faut 31 jours pour compléter sa période de révolution autour de ce monde.

    Entom Boötis : cinquième planète du système Tau Boötis, dans la constellation du Bouvier (la planète est fictive mais ce système solaire existe réellement).

    (Entom Boötis)

     

    F

    Fingsa : plante des régions tropicales à semi-désertiques, produisant des feuilles et tubercules comestibles. Très répandue dans le Calsynn (près des points d’eau) en raison de sa relative résistance à la sécheresse.

    Fouettard (voir Miroiveugle ou Voïd) : surnom péjoratif donné aux officiers exécuteurs du Tharseim par les Thars eux-mêmes.

    Frangeris : pâtisserie valokine très populaire à base de samuca, de quelis, de miel et de graines de luvaliane moulues.

     

    G

    Gantacle (franglais, contraction de gant et « tentacle ») : arme tharse réservée aux redoutables exécuteurs Voïd. Gant métallique dont les doigts peuvent s’allonger en tentacules souples pouvant atteindre trois mètres de long, disposant d’un système électronique démultipliant la force du porteur tout en lui assurant une grande précision.

    Géopropolis (terme issu de l’entomologie) : matériau de construction des aporims. Amalgame de terre et de propolis.

    Ginkgo : village de la province de Leda en Valoki, en partie arboricole, situé dans un secteur rocheux pour la région.

    Glacière : immense canyon situé à la frontière sud du Tharseim, continuellement à l’ombre. Ce secteur s’étend tout le long de la Muraille de Rouglace au pied du versant nord.

    Guerre des Menteurs : période trouble de l’histoire qui vit s’affronter l’ordre Ophrys et les services secrets du Tharseim par des moyens indirects et pernicieux, pendant 21 ans.

     

    H

    Habako : famille royale de Nemosia dont le règne a débuté avec l’indépendance du pays, deux siècles avant le premier roman.

    Hacrif : insecte volant carnivore habitant les jungles équatoriales. L’un des plus terribles prédateurs du Kunvel.

    Harfang (nom d’une espèce de hibou polaire sur la Terre) : capitale du Tharseim, gigantesque mégapole de 400 millions d’habitants s’étendant sur des milliers de kilomètres carrés, elle-même entourée d’une zone industrielle encore plus vaste. C’est la plus grande ville de la planète, 20% des Thars habitent la capitale.

    Hivao : province valokine située sur les côtes occidentales de l’océan Armaz, essentiellement maritime et constituée d’un grand archipel. Région célèbre pour ses immenses mangroves et les perles précieuses extraites de la mer de Nacre.

    (Harfang)

     

    I

    Involucre (terme issu de l’entomologie et de la botanique terriennes) : structure interne des ruches des aporims qui sert à consolider la construction et à protéger le couvain. Mélange de propolis et de cire, l’involucre est fait de grandes lames étirées, aériennes, qui relient les différentes parties de la ruche.

     

    J

    Jailong : province valokine la plus au nord du pays, longeant la frontière nemosiane. Loin d’être une région industrielle, le Jailong a cependant beaucoup plus développé son agriculture que les deux autres provinces. On y rencontre le plus grand nombre de machines en Valoki.

    Jojuba : arbuste mellifère dont l’écorce est blanche à beige, les feuilles bleutées sont ovales et dentelées. Ses fleurs violettes très parfumées sont particulièrement prisées par les insectes butineurs . Mais malheureusement pour eux, cette plante concentre la pollution atmosphérique dans sa sève et son nectar.
     

    K

    Kalem : plante herbacée de Valoki ressemblant à de la bruyère géante. Envahissante, elle pousse dans des clairières qui deviennent progressivement des champs de kalem. Les fleurs ont les couleurs du feu, nuances de jaune, orange et rouge, et forment des grappes de clochettes très appréciées des insectes butineurs.

    Khelz : monnaie valokine constituée de cristaux taillés en losange, de couleurs et de tailles différentes en fonction de leur valeur.

    Koré (« jeune fille » en grec ancien) : apprentie adolescente de l’ordre Ophrys. Les Koré sont âgées de 12 à 19 ans, elles ne sont pas encore titulaires et portent des robes vert pâle.

    Kunvel : jungles noires impénétrables situées sur l’équateur, constituant la frontière du territoire habitable pour les humains. Aucun explorateur n’en est jamais revenu.

    (Kunvel)

     

    L

    Lamentine : arbre géant dont l’écorce est brune et les feuilles très fines et dentelées, translucides, sont d’un vert très pâle. L’ensemble de la plante est toxique pour les humains. La sève de lamentine, seule partie consommable, constitue une boisson tristement célèbre pour ses propriétés euphorisantes. Elle s’avère aussi hautement addictive.

    Lao Bang : ville principale de la province du Jailong, au nord de la Valoki. Il s’agit d’une cité arboricole bâtie dans un bosquet d’arbres-montagnes. Un monastère de l’ordre Ophrys, presque aussi important que celui de Leda, se dresse à l’écart de la ville.

    Leda : province centrale et capitale éponyme de la Valoki. Entourée de cultures et construite sur une colline, la cité évoque un assemblage de coquillages selon l’architecture traditionnelle de la région, en terre maçonnée avec l’aide des terims.

    Locriste (dérivé du nom vernaculaire « locuste » désignant plusieurs espèces de criquets sur Terre) : insecte herbivore produisant des stridulations par frottements de ses élytres.

    Locustrelle: insecte herbivore cousin des locristes mais de taille plus imposante. Effectuant des bonds gigantesques, qu’elles prolongent en planant dans les airs grâce à leurs petites ailes, les locustrelles sont parfois utilisées comme montures. Contrairement aux locristes, elles ne produisent pas de « chant ». Certaines peuplades consomment la viande des deux espèces.

    Lumine : à l’origine, nom commun désignant une lanterne sphérique et transparente contenant un gaz luminescent dans l’obscurité (la luciférine des lucioles). C’est une invention technologique des Thars, largement utilisée par tous les peuples de la planète. Le terme s’est finalement généralisé à toutes sortes d’objets servant à s’éclairer, y compris par des procédés électriques.

    Luvaliane : arbre-montagne des forêts de Valoki, où il est considéré comme sacré. Son écorce est grise et rugueuse, couverte de nœuds et de crevasses. Les feuilles du luvaliane sont d’un rouge bordeaux très sombre, luisantes et de forme arrondie, presque circulaires. Ses grandes fleurs blanches en forme d’étoile dégagent un parfum très agréable. Le tronc se creuse naturellement d’immenses cavités par endroits, qui servent d’abri à de nombreux insectes, dont les aporims mellifères. On les appelle parfois les « arbres à miel ».
     

    M

    Manil : graminée céréalière poussant uniquement dans les régions tropicales humides, aux épis de couleur rougeâtre. C’est une plante nécessitant beaucoup d’eau et de chaleur, à partir de laquelle on fabrique la farine couramment utilisée dans la cuisine, la boulangerie et la pâtisserie valokines.

    Matria : mères supérieures de l’ordre Ophrys, âgées de trente ans minimum, elles portent une robe blanche en soie et au moins deux pierres d’Ambremiel. Toutes les Matria ont bu l’élixir de Daruba, elles ont renoncé à faire des enfants et consacrent leur vie entière à l’ordre Ophrys.

    Melishaï (contraction du grec ancien « méli », miel, et Shaïli) : élite prestigieuse des Shaïli de l’ordre Ophrys. Les Melishaï sont spécialisées dans la guérison par le Seid, les relations avec les aporims, la production de miel ainsi que des autres produits de la ruche. Elles portent une robe bleu pâle.

    Merdalgue : surnom donné par certains Nemosians à l’ancienne mer Orange, depuis qu’elle est envahie par la pollution et les algues nauséabondes.

    Meriv : cité portuaire établie sur une presqu’île à l’embouchure du fleuve Nemos et de la mer Orange. Ancienne capitale florissante du corail, elle est aujourd’hui en grande partie désertée, en ruines, depuis que les écosystèmes de la mer Orange se sont effondrés.

    Merveillon : nom vernaculaire désignant plusieurs espèces d’insectes butineurs (ressemblant à des papillons géants), dont les grandes ailes colorées peuvent être transparentes, opaques, écailleuses ou lisses, évoquant même parfois l’aspect du métal.

    Miroiveugle (voir Voïd et fouettard) : surnom donné aux officiers Voïd de l’armée tharse par les étrangers, notamment dans le Calsynn.

    Mousserand (ou tisserand des mousses) : habitant du village de Rizom dans la vallée des Mousses. Les techniques des artisans de ce village, pour confectionner des objets décoratifs ou pratiques avec des végétaux, sont tellement particulières et uniques que le terme s’est étendu à toute cette communauté.

    Muca : boisson chaude très populaire, ressemblant au café, tirée des graines de samuca torréfiées.

    Myrme (du grec ancien « myrmêx », fourmi) : insecte hyménoptère terrestre vivant en colonies, selon un système de castes. Il existe un grand nombre d’espèces de myrmes et autant de modes de vie différents. Fait partie des quatre espèces d’insectes sociaux alliées aux Sœurs Ophrys.

    (Myrme)

     

    N

    Navil : fruit à pépins de couleur jaune citron, plutôt rond mais relativement informe et tout bosselé. La consistance de la chair gélatineuse peut faire penser au kaki et son goût ressemble à celui du coing.

    Navilier : arbre fruitier des zones tempérées à froide, aux feuilles caduques très foncées de forme ovale, produisant des fruits comestibles appelés navils qui se récoltent au début de la saison froide. Ses fleurs rouges et parfumées sont appréciées par les Thars pour leur esthétique, pendant le bref été boréal.

    Nemosia : nation centrale de la ceinture tropicale, située entre la Valoki et le Calsynn, dont la capitale se nomme Akoumbé. Essentiellement constitué de forêts et de plateaux vertigineux, c’est un grand territoire au relief marqué de nombreuses falaises. On y trouve les chutes d’eau les plus impressionnantes de toute la planète, en particulier le long du fleuve Nemos. C’est le plus grand cours d’eau de tout l’hémisphère, il parcourt des milliers de kilomètres.

    Neuralvidre : poison mortel synthétique fabriqué par des laboratoires clandestins du Tharseim, interdit par toutes les nations de la planète, le neuralvidre provoque un état d’engourdissement proche de la paralysie. Inodore et incolore, il peut être mélangé à une boisson ou de la nourriture en toute discrétion. Le sujet atteint finit par mourir dans d’horribles convulsions.

    Nurishaï (contraction de nutrition et Shaïli) : Sœur de l’ordre Ophrys spécialisée dans les relations avec les myrmes et la production de nourriture (cultures de plein champ ou souterraines pour les champignons, élevages d’insectes pour le miellat et la viande). Comme les insectes avec lesquels elles travaillent, elles sont omnivores et leurs activités sont très variées. Les Nurishaï sont les sœurs Ophrys les plus polyvalentes, elles portent des robes bleu turquoise.

    Nyam : plante aux feuilles oblongues et luisantes, largement répandue sous les climats tropicaux humides, produisant des tubercules violacés servant d’aliment de base.
     

    O

    Okal : la plus petite des deux lunes de la planète Entom Boötis. Rouge sombre dans la journée et écarlate la nuit, parfois violacée, cette lune est souvent considérée comme maléfique par les superstitieux. Il ne lui faut que 18 jours pour parcourir son orbite autour de la planète. Les éclipses avec Tau et Enil sont fréquentes.

    Okato : grande île nemosiane située sur l’océan Armaz, à l’ouest du continent unique.

    Ombrouge : citadelle calsy située au pied d’une faille dans la Muraille de Rouglace, gardant la frontière entre le Calsynn et le Tharseim. Elle barre le seul passage entre les montagnes à des centaines de kilomètres à la ronde. C’est la ville la plus proche de la Glacière et les Thars y sont implantés depuis plusieurs décennies, au point de contrôler toute la partie nord de la ville, y compris l’aéroport qu’ils ont eux-mêmes construit.

    Ordonnateur : plus haute autorité dans le Tharseim après le Grand Ordonnateur, le chef suprême. Équivalent de ministres, de secrétaires d’État et de conseillers gouvernementaux, ils sont plusieurs dizaines et chacun dirige une branche spécifique de la société nordique. Leurs tenues noires sont ornées de nombreux triangles monochromes en fonction de leur caste. Une bande violette est également présente sur leur col pour les différencier des autres hauts fonctionnaires.

    Ophrys : ordre spirituel féminin fondé sur l’énergie psychique appelée le Seid, ainsi que l’harmonie naturelle et la coopération entre les êtres vivants. Le nom est directement issu du grec « ophrys » (qui signifie sommet, hauteur, ou sourcil) et qui représentait un genre d’orchidées sur Terre. Le monastère principal de l’ordre se situe près de Leda, la capitale valokine.

    Orchis : autre genre d’anciennes orchidées terrestres. Ancienne faction mystérieuse de l’ordre Ophrys, dissoute environ deux siècles avant l’époque de Naëlis et Elorine.

    Ordoshaï (« ordo » en latin signifie « ordre ») : Shaïli de l’ordre Ophrys spécialisée dans les relations avec les vespères. Chevauchant ces grands prédateurs maîtres des airs, elles sont chargées de la sécurité des Valokins. Leurs robes sont bleu nuit, elles portent également des armures de chitine lorsqu’elles sont en service. Seules moniales de l’ordre qui portent des armes, elles ne s’en servent qu’en cas d’absolue nécessité.

    (Okal)

     

    P

    Pango : céréale répandue dans toute la Ceinture Tropicale, y compris dans la zone aride du Calsynn en raison de ses faibles besoins en eau. Les épis coniques sont dorés, produisant une farine largement utilisée dans la cuisine bien que les Valokins lui préfèrent le manil. Fermentées, ses graines servent également à fabriquer la bière de pango, un alcool gazeux très populaire.

    Parx (chaîne de) : massif volcanique situé aux confins du territoire peuplé par les humains, au sud, constituant une frontière naturelle entre la Valoki et le Kunvel équatorial. Les plus hauts sommets de la planète s’y trouvent, notamment le piton d’Okal.

    Phasil : ordre d’insectes herbivores et nocturnes des régions tropicales. Se protègent des prédateurs grâce à un camouflage imitant selon les espèces l’écorce, les branches ou les feuilles des arbres, parfois la mousse ou le lichen. Il en existe de nombreuses espèces aux couleurs et aux formes très variées.

    Piton d’Okal : volcan bouclier dominant la chaîne de Parx, inactif depuis plusieurs millénaires (alt. 9324 mètres). Constamment couvert de glace et auréolé de nuages, c’est le plus haut sommet de la planète.

    Plisme : insecte cavernicole endémique de la vallée des Mousses. Paisibles mangeurs de moisissures et de champignons, les plismes à carapace grise sont élevés par les Mousserands qui raffolent de leur chair ferme et parfumée, évoquant celle de la langouste.
     

    Q

    Quelidal : arbre-montagne des régions tropicales possédant la particularité de changer d’apparence selon son âge. Les juvéniles possèdent un tronc brun très noueux, couvert de boursouflures, de creux et de bosses. Ses feuilles sont vert émeraude. Après cinq cents ans de croissance environ, il commence à changer et ne produira des fruits qu’une fois passé le premier millénaire. À l’état adulte le tronc est devenu vert foncé, les feuilles triangulaires d’un vert pâle presque jaune.

    Quelis : fruits du quelidal de couleur orange, en forme de poires, très appréciés pour leur goût sucré et acidulé pouvant évoquer celui de l’ananas.

    Quinoa : ville notable au nord de la Nemosia, frontalière avec le Calsynn. À l’origine entourée d’une forêt primaire qui fut rasée par l’exploitation intensive du bois. Des plantations d’arbres bien alignés occupent la majeure partie du paysage au sud de la cité, tandis qu’au nord s’étend une gigantesque savane.
     

    R

    Rajiforme (mot français signifiant « en forme de raie », le poisson) : insecte volant de grande taille passant le plus clair de son temps dans les étages inférieurs du Kunvel, où pousse sa nourriture favorite. Paisibles frugivores dont la chair est empoisonnée, ce sont des animaux solitaires planant sur d’immenses ailes membraneuses.

    RIV (Relais des Insectes Voyageurs) : réseau d’auberges et de dresseurs d’insectes ayant assuré les voyages aériens ou terrestres à dos d’insecte sur tout le continent unique, pendant plusieurs siècles. Depuis que les Thars ont fortement développé les moyens de transport mécaniques, le RIV n’est plus utilisé qu’en Valoki et en Nemosia. Récemment, la montée en puissance des tribus de pillards ont obligé les Calsy à renoncer également au RIV dans le Calsynn, au profit des navires volants des nordiques.

    Rizom (voir Mousserands) : grand village divisé en deux parties distinctes et unique agglomération de la vallée des Mousses. La partie troglodyte, creusée au pied des falaises qui forment les plateaux de Nemosia au nord, abrite principalement des élevages d’arthropodes cavernicoles. La seconde partie du bourg, sur le sol, est constituée de huttes couvertes de végétaux servant d’habitations aux Mousserands.

    Rosemir : plante aromatique, décorative et médicinale de la Valoki. Minuscule en comparaison de nombreux autres végétaux de la planète (elle forme des buissons d’un mètre de haut), cette plante est très appréciée des humains pour sa taille, son parfum et ses couleurs. Les feuilles en forme de fuseaux sont bleu turquoise, les hampes de fleurs forment des dégradés qui vont du rouge au bleu, en passant par le rose et le violet. Le parfum peut faire penser à la lavande.

    Rouglace (Muraille de) : immense chaîne de montagnes culminant à plus de 3000 mètres d’altitude, s’étalant d’est en ouest sur une bonne partie de l’hémisphère nord. Elle forme une frontière naturelle entre le Calsynn et le Tharseim. Truffée d’appareils de détection et d’armes automatiques par les nordiques, ses roches friables sont également très dangereuses à escalader. Le seul passage terrestre est barré par la citadelle d’Ombrouge.

    (Muraille de Rouglace)

     

    S

    Saison Ardente : saison sèche en Valoki, correspondant à l’hiver dans le reste de l’hémisphère nord. Pendant trois mois, le climat devient caniculaire, il ne pleut pas et un vent aride dégage le ciel en permanence. Il est formellement interdit de faire du feu à l’extérieur pendant cette période, en Valoki.

    Samuca : arbre de la Ceinture Tropicale produisant des fruits ressemblant à des gros raisins jaunes de la taille de courges. Leur jus constitue un cocktail de vitamines souvent conseillé pendant les périodes de fatigue ou de convalescence. Les graines torréfiées sont utilisées comme élément de base d’une boisson chaude appelée muca très appréciée, souvent accommodée d’épices et de miel.

    Scolendre : grand myriapode carnivore des régions tropicales et arides. Redoutable prédateur venimeux mesurant jusqu’à vingt mètres, il s’attaque pratiquement à tous les insectes et ne rechigne pas à dévorer des humains s’il en a l’occasion.

    Seid : énergie psychique que les premières Sœurs Ophrys ont découverte sur cette planète, 79 ans après leur arrivée. On suppose que cette force étrange a contribué au gigantisme des espèces et au développement de l’intelligence des insectes sociaux les plus évolués.

    Shaïli : jeune moniale âgée de 19 à 30 ans, considérée officiellement comme membre titulaire de l’ordre Ophrys. Toutes les Shaïli portent une robe bleue et une pierre d’Ambremiel.

    Solioque siffleur : insecte orthoptère qui « chante »  en propulsant de l’air dans des tubes de différentes tailles sur son dos, produisant des trilles complexes très agréables pour l’oreille humaine.

    Sparg (du nom latin de l’asperge, « asparagus ») : arbuste grisâtre couvert de piquants, poussant dans le Calsynn, dont seules les toutes jeunes pousses qui commencent à sortir de terre sont comestibles pour les humains.
     

    T

    Tau Boötis : système solaire binaire situé dans la constellation du Bouvier, dont la composante principale est une étoile de type F blanc-jaune, sensiblement plus blanche et lumineuse que le Soleil de la Terre, accompagnée d’une naine rouge lointaine de classe M beaucoup moins massive. Le système Tau Boötis abrite douze planètes mais une seule est habitable (Entom Boötis). Tau est également le nom du soleil sur cette planète.

    Terim : insecte isoptère vivant en colonies dans des constructions colossales de terre. Les terims sont aveugles et se nourrissent principalement de végétaux, eux-mêmes prédigérés par des champignons qu’ils cultivent dans des chambres souterraines. Espèce d’insectes sociaux alliée aux Sœurs Ophrys.

    Tersidjan : grande ville nemosiane située en altitude dans la région des hauts-plateaux. Elle s’est considérablement agrandie depuis la chute de Meriv, une grande partie des Merivois s’y étant installés.

    Teylia : plante aromatique et médicinale poussant exclusivement dans les clairières ensoleillées de Valoki, souvent sur les zones rocheuses. Ses petites fleurs roses très odorantes servent d’aromates, ainsi que les feuilles.

    Thars(e) : habitant(e) du Tharseim. Leur pays a été fondé par la Corporation Nordique dont la doctrine est basée sur les sciences, le commerce, le matérialisme et la domination de l’Homme sur la nature. D’abord humaniste et paritaire, leur civilisation a progressivement sombré dans la décadence, le patriarcat et le cynisme.

    Tharseim : région tempérée à froide couvrant toute la partie boréale de l’hémisphère habitable, depuis la Muraille de Rouglace jusqu’au cercle polaire. Après six siècles de développement, c’est un territoire en grande partie ravagé par l’industrialisation massive et la pollution qui l’accompagne.

    Toïsan : cité maritime située sur les côtes orientales de la Valoki, dans la province du Jailong au bord de l’océan Armaz.

    Tourko : village valokin de la province de Leda dont la spécialité est l’élevage de vers à soie. Ces derniers se nourrissent exclusivement de feuilles de samuca, arbres abondants dans ce secteur.

    Triule : grand myriapode au long corps sinueux possédant trois angles, chacun garni d’une rangée de pattes, leur permettant d’avoir toujours au moins deux rangées de membres accrochées au sol ou au plafond des grottes. Des piques venimeuses couvrent leur corps de mille-pattes. Dans la vallée des Mousses, les habitants de Rizom les élèvent et se servent traditionnellement du poison contenu dans ces piques, pour enduire les flèches de leurs arbalètes ou de leurs sarbacanes.

    (Drapeau du Tharseim)

     

    U

    Urcalium : minerai apparenté au titane, utilisé massivement par les Thars pour la fabrication d’outils, d’armes et d’armures, ainsi que pour la coque de leurs véhicules. Jadis abondant sur l’ensemble de la planète, on n’en trouve plus aux latitudes élevées de l’hémisphère nord. L’urcalium fait partie des ressources du Sud que les nordiques convoitent fortement.
     

    V

    Vallée des Mousses : située au nord de la Valoki, cette vallée forme une immense cuvette humide au pied des falaises qui marquent la frontière avec la Nemosia. C’est une zone marécageuse abritant de nombreuses espèces de mousses, fougères et champignons, ainsi qu’une faune particulière aux milieux humides. La seule agglomération humaine de la Vallée des Mousses est le village de Rizom, ses habitants sont appelés les Mousserands.

    Valoki : vaste nation située au sud de la Ceinture Tropicale, constituant le territoire le plus proche de l’équateur habité par des humains. Séparée du Kunvel par la mer Serpentine et la chaîne de Parx. C’est une société matriarcale fondée sur la coopération et l’harmonie avec la nature. La Valoki est dirigée par les Veneris Matria de l’ordre Ophrys.

    Valokin(e) : habitant(e) de la Valoki. La plupart des Valokins sont assez petits et minces, bruns, avec une couleur de peau allant du jaune au noir en passant par toutes les nuances intermédiaires.

    Veneris Matria : mères supérieures et dirigeantes de l’ordre Ophrys (la « tête » de l’ordre). Elles sont les plus âgées et les plus vénérables des Matria, portant les mêmes robes blanches mais ornées d’un liseré arc-en-ciel.

    Vespères : insectes sociaux volants et dangereux prédateurs. À l’origine des espèces différentes étaient présentes un peu partout, jusqu’aux régions les plus froides pendant la belle saison. Il n’en existe plus aucune dans le Tharseim. Espèce alliée aux Sœurs Ophrys.

    Vinorge : arbuste géant au feuillage vert strié de nervures orangées, produisant des fruits succulents en forme de croissants. Fermentés, ces fruits servent à la fabrication d’une boisson alcoolisée portant le même nom, produite et consommée par l’ensemble de la population humaine sur Entom. Différentes variétés de vinorge existent en fonction des terroirs, les fruits sont mauves ou violets dans les régions tropicales, bleutés dans les zones tempérées. Leurs nombreux pépins peuvent aussi être séchés et utilisés comme une céréale.

    Vogueciel : nom donné à un type d’aéronefs fabriqué par les Thars, disposant de voiles solaires et dont la forme extérieure évoque un galion volant. Les sustentateurs électromagnétiques et les moteurs perpétuels dont sont équipés ces appareils les classent parmi les moyens de transport modernes les moins polluants à l’usage. Mais leur fabrication requiert des matériaux rares et s’avère extrêmement coûteuse.

    Voïd : officier exécuteur de la nouvelle armée d’élite du Tharseim sous le règne de Hirdan Pascor. Drapés de rouge écarlate, ils portent en permanence un masque de métal poli qui cache leur visage et reflète ce qui se trouve devant eux comme un miroir.  Montrant un comportement particulièrement brutal et inhumain, ils sont redoutés même par les Thars.

    (Vallée des Mousses)

     

    W

    Wudest : cité du Tharseim spécialisée dans l’agriculture et l’élevage, gouvernant la région la plus au sud du pays qui est considérée comme le « grenier » de ce pays.
     

    Z

    Zibril : arbre-montagne endémique de la Nemosia, qu’on ne trouve que dans une gigantesque forêt composée uniquement de ces arbres. On pense qu’il ne s’agirait que d’une seule et immense souche qui couvrirait des centaines de kilomètres carrés. Le Zibril est le symbole de la Nemosia, représenté sur le drapeau du pays.

    Zoë-kheria : ensemble des techniques d’utilisation du Seid visant à comprendre, apaiser et soigner les êtres vivants (contraction de « Zoë meta kheria » signifiant « la vie avec les mains », dérivé du grec). Seules les Sœurs de l’ordre Ophrys sont initiées à ces techniques, en particulier les Melishaï.

    Zolkin : monnaie tharse, communément appelée Zolk. Prend la forme de pièces métalliques à sept côtés ou de billets métalliques, si fins qu’ils peuvent être confondus avec du papier.

    (Zoë-kheria)



  • L’arbre de l’indépendance

     

    zibril

     

    C’est en l’année 415 du calendrier colonial que la Nemosia gagna son indépendance.

    La Guerre des Menteurs venait de s’achever et l’immense nation tropicale de Valoki n’avait jamais été aussi affaiblie au cours de son histoire. Sous la domination d’un tyran nommé Torian Pascor, les Thars avaient manœuvré pour faire croire à une guerre civile qu’ils avaient eux-mêmes orchestrée parmi les Valokins, tout en réfutant publiquement les accusations pourtant justifiées des matriarches de l’ordre Ophrys.

    Chacune des deux nations ennemies accusait l’autre de mensonges éhontés, et ainsi, il fut commode pour les historiens des deux camps de nommer ce conflit la Guerre des Menteurs.

     

    Mais la Valoki avait subi des attentats, des sabotages et des assassinats pendant tellement longtemps que son peuple avait basculé pour de bon dans des conflits internes. Avant que les réseaux d’espions nordiques ne soient démasqués, infiltrés puis éliminés, les machinations de Torian Pascor s’étaient avérées efficaces. Les Valokins étaient plus divisés que jamais.

    Certaines femmes accusaient les hommes, tandis que les vieux soupçonnaient les jeunes et inversement, puis ce fut le tour des voisins, des marginaux, des origines ethniques minoritaires… toute forme de différence pouvait attiser la suspicion. Même les cinq provinces valokines s’étaient replié les unes sur les autres, surveillant leurs frontières dans la méfiance la plus complète.

     

     

    À cette époque, les deux provinces valokines les plus au nord étaient appelées Kewana (à l’est) et Pomguay (à l’ouest). Dans la province de Kewana se trouvait la plus ancienne grande ville de la ceinture tropicale, Akoumbé, où les Sœurs Ophrys avaient érigé un grand monastère avec l’aide de leurs alliés insectes, les terims bâtisseurs.

    La famille Habako s’était distinguée depuis longtemps par le nombre de personnalités publiques qu’elle avait engendrées. Bahiya Habako faisait partie des plus éminentes Veneris Matria à cette époque, dans cette province.

    Avant que la Guerre des Menteurs n’arrive à son terme, les dirigeantes de ce monastère avaient malheureusement accusé leurs consœurs de la province de Leda, la capitale, d’être indirectement responsables des vagues de terreur qui balayaient tout le pays depuis plus de vingt ans.

    Bahiya était très influente parmi les Sœurs de Kewana. Elle était également la tante de Demba Habako, un jeune homme farouche qui s’était illustré en remportant des combats sanglants à la frontière avec le Calsynn. Disposant d’une carrure imposante et d’un charisme indéniable, Demba était très populaire.
     
    Malgré la défaite de Torian Pascor et ses agents, leurs manigances avaient porté leurs fruits et la Valoki s’en retrouvait affaiblie, déchirée. Lorsque la paix revint avec la mise au jour des origines nordiques de la Guerre des Menteurs, les Veneris résidant à Akoumbé refusèrent cette version pourtant vraie, et se retournèrent contre l’ordre Ophrys.

    Sous l’impulsion de la famille Habako, profitant de l’influence de la vénérable Bahiya parmi les Sœurs et de celle de son neveu Demba sur la population civile, un soulèvement populaire fut organisé pour soutenir les moniales locales contre celles des autres provinces.

    Les Sœurs qui n’approuvaient pas leur décision quittèrent les provinces du Kewana et du Pomguay pour rejoindre la majorité des moniales, réparties dans les provinces restées fidèles à la Valoki.

    La branche locale de l’ordre s’effondra en fusionnant avec la nouvelle monarchie que la famille Habako mit en place.
     

     

    Bahiya resta dans l’ombre du trône où elle avait placé son neveu. Le monastère de l’ordre Ophrys devint le palais royal au cœur de la capitale.

    Dès le début de leur règne, ils placèrent la neutralité entre le Nord et le Sud comme un de leurs principes les plus chers, ainsi que la parité réelle entre les deux sexes.

    Demba Habako courtisa une épouse parmi les familles de notables, ils se marièrent et elle obtint le titre de reine, bien que disposant de pouvoirs moindres que l’héritier Habako. Pendant les deux siècles qui se sont écoulés depuis leur indépendance, les Nemosians ont toujours respecté cette coutume. Les hommes et les femmes ont exactement les mêmes droits, et le couple de souverains partage le pouvoir, bien que le dernier mot revienne toujours à celui ou celle qui possède son titre par la naissance.

    C’est ainsi que cette famille prit la tête de la Nemosia. La Valoki n’avait jamais fondé sa politique sur la conquête de territoires par la force, et le pays était alors tellement affaibli par une génération entière de terrorisme… l’indépendance nemosiane ne fut jamais plus remise en cause.

    Par la suite, l’influence des nordiques poussa la famille Habako à mettre en place une monarchie parlementaire, où le peuple des huit régions pouvait élire son préfet, ainsi que les différents édiles à la tête de chaque ville ou village. Ainsi furent préservées la plupart des particularités culturelles locales, bien que les grandes décisions affectant tout le pays fussent toujours prises par la famille régnante à Akoumbé.
     

    drapeau-nemosian

     

    Outre les hauts-plateaux marquant la frontière avec la Valoki au sud, la présence du Nemos, le plus grand fleuve de la planète, ou encore celle de la Mer Orange, il existe en Nemosia un autre lieu très particulier.

    Aux sources du Nemos se dresse une immense forêt unique sur ce monde, appelée la Forêt de Zibril car uniquement composée par cette espèce d’arbre-montagne endémique. Certains se demandent même s’il ne s’agirait pas d’une seule et même souche monstrueuse qui couvrirait des milliers de kilomètres carrés, car chaque individu composant cette forêt possède le même patrimoine génétique que les autres.

    Les zibrils  sont gigantesques et vivent des dizaines de milliers d’années, à l’instar des autres arbres-montagne. Leur bois très sombre est strié de veines rougeâtres, tandis que leurs grandes feuilles dentelées prennent une teinte olive au-dessus et argent en-dessous. Les zibrils ne produisent pas vraiment de fruits mais directement des graines très petites en comparaison de la taille des arbres. Ces graines sont attachées en couples à des ailettes typiques que l’on voit tournoyer en étant transportées par le vent, juste avant la saison pluvieuse en été.

     

    Si la famille Habako choisit le fleuve Nemos comme point commun aux deux provinces pour baptiser la Nemosia, les dirigeants avisés surent aussi utiliser les symboles et les particularités locales pour marquer l’imaginaire de leur peuple. C’est depuis cette époque que l’emblème du pays est un arbre rouge sur fond vert, sous lequel passe une bande bleue symbolisant le fleuve titanesque.

    C’est ce même arbre qu’on retrouve gravé sur l’énorme émeraude enchâssée sur l’anneau sigillaire que porte le roi ou la reine de sang royal.

    La légende raconte que le roi Demba Habako décida de ne pas porter de couronne, pour ne pas trop se démarquer de son peuple. Une autre version prétend qu’il s’était bien fait forger une superbe couronne en or incrustée de joyaux, mais que cette dernière lui occasionnait d’épouvantables migraines et des démangeaisons.

    L’orfèvre qui réalisa le magnifique objet fut confondu et jeté en prison, mais l’on se rendit compte que l’alliage de la couronne était bel et bien noble, et ne contenait pas de nickel comme on s’y attendait. Le roi était victime d’une allergie rarissime à l’or pur. Ses successeurs préservèrent la tradition de ne porter que l’anneau sigillaire, depuis l’origine forgé en palladium.

     

     

    En devenant le premier roi de Nemosia, Demba Habako fit sculpter dans le cœur d’une énorme branche de zibril un trône de bois sombre parcouru de veines rouges. Depuis presque deux cents ans, le Fauteuil de Zibril accueille le roi ou la reine nemosiane né(e) Habako.

    L’aîné(e) de la famille reçoit le titre de monarque au décès du dirigeant précédent et doit choisir son conjoint (sa conjointe) parmi les familles les plus influentes à la cour. Seul le véritable dirigeant a le droit de s’asseoir sur le Fauteuil de Zibril, l’époux devant se contenter d’un fauteuil plus classique aux côtés du souverain en titre.

    Dans leur volonté de se démarquer des Valokins en affichant voire en exagérant leurs différences,  les Nemosians ne parvinrent pas non plus à imposer une identité forte vis-à-vis des autres peuples. En dehors de leur intransigeance concernant l’égalité des sexes qui a toujours fait défaut à leurs voisins, l’influence des Thars n’a cessé de croître au sein de la famille Habako.

    Mais après deux siècles de développement technologique tous azimuts, la Nemosia doit maintenant faire face à d’importants bouleversements environnementaux. L’effondrement des écosystèmes de la Mer Orange est sans doute la plus tristement spectaculaire de ces conséquences, mais les forêts primaires ne furent pas épargnées.
     

    Aujourd’hui, en ce début de septième siècle de la présence humaine sur Entom Boötis, la reine Seneli Habako dirige le pays depuis la capitale nemosiane. La légendaire Forêt de Zibril, pourtant épargnée par l’exploitation intensive directe, subit elle aussi les conséquences du développement industriel. Cette magnifique forêt géante symbolisant leur indépendance est désormais malade.

    Certains voient dans ce déclin le signe, ou même la preuve, qu’il est temps pour les Nemosians de s’affranchir de la domination nordique. Pour se libérer du matriarcat de Valoki, ils sont finalement tombés sous la coupe des Thars. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer qu’arrive le temps de la véritable indépendance. Sur les huit régions, trois sont désormais unies en s’opposant ouvertement à la politique de la famille royale.

    La fière splendeur de la Nemosia semble maintenant aussi malade que sa forêt millénaire. Le destin des Hommes est lié à celui de leur environnement, bien sûr.

    Comment pourrait-il en être autrement ?
     




  • Les monarques de Nemosia

     

    Akoumbé, capitale nemosiane – Année 600

     

    Sous les regards impassibles des deux rangées de soldats gardant la salle du trône, Tiaz Modanio s’inclina très bas devant sa souveraine.

    — Votre gracieuse Majesté, dit-il. Je suis honoré par cette convocation… mais de quoi s’agit-il ?

    Seneli Habako enveloppait le gros marchand d’un regard courroucé. C’était une grande femme de fière allure, un peu forte, à la peau mate et aux yeux marron. Elle teignait ses longs cheveux noirs attachés en chignon, pour cacher les fils blancs qui s’y épanouissaient.

    La reine des Nemosians était assise sur le Fauteuil de Zibril, un trône finement sculpté dans un bois noble parcouru de veines rougeâtres, ayant accueilli toutes les fesses royales depuis deux siècles. Réputée pour son tempérament lunatique et explosif, elle semblait passablement énervée.

    — J’ai eu vent de vos problèmes récents en Valoki, dit-elle en le fixant durement. Vous faites trop de zèle avec les nordiques.

    Tiaz Modanio lança un regard au frère de la reine, qui se tenait debout à côté du trône, comme s’il espérait son soutien.

    Jalil Habako resta silencieux. Il était le cadet de quatre ans seulement, et faisait partie des conseillers les plus proches de la monarque. Il avait le teint mat et des yeux bruns comme elle, mais arborait un bouc et des cheveux argentés.

    La famille Habako fut longtemps de peau noire, pendant des générations cette particularité avait été fièrement préservée. Puis au fil du temps et des alliances, les métissages gagnèrent jusqu’à la famille royale.

    — Trop de zèle ? fit Tiaz Modanio d’une voix aigüe. Mais Votre Majesté, pardonnez-moi, je n’ai fait que convoyer des produits tout à fait légaux dans notre pays. Les Sœurs Ophrys…

    — Ont interdit quantité de marchandises provenant du Tharseim, coupa la reine. Vous avez cherché à outrepasser leurs lois, et vous voilà maintenant interdit de territoire en Valoki ! À quoi peut bien servir un exportateur qui ne peut vendre ? Vous avez été maladroit, Modanio.

    Le marchand se retint de gratter son crâne qui le démangeait subitement sous sa perruque. Il lissa les plis de son ample robe beige, décorée de patchworks colorés, en cherchant ses mots.

    — C’est que… j’ai d’autres projets, Votre Majesté. Je souhaite diversifier mes activités en me lançant dans le tourisme de luxe. Il m’a fallu négocier le rachat d’un cargo thars, les nordiques sont durs en affaire… je leur ai rendu quelques services.

    — Et vous êtes prêt à placer votre pays dans une position diplomatique délicate, juste pour assurer votre prospérité.

    — Non, pas du tout, je…

    — Assez ! cria Seneli Habako. Il est vital pour la Nemosia de sembler neutre, concernant l’opposition des Thars et des Valokins ! Nous n’avons plus l’aide des Sœurs et pas encore la meilleure technologie des nordiques. Notre nation est en position de faiblesse, c’est un équilibre délicat que vous avez menacé ! Je suis tentée de vous retirer votre licence, Modanio. Ou pire…

     

    monarchie

    Jalil Habako s’éclaircit la gorge pour attirer l’attention. Avec son long nez pointu, sa courte barbe grise taillée en pointe et ses petits yeux perçants, il donnait toujours l’impression de narguer ses interlocuteurs. Le frère de la reine était sans doute plus subtil que sa sœur, moins impulsif, mais tout aussi dangereux.

    — Il convient de faire la part des choses, dit-il en caressant le bouc argenté sur son menton. Monsieur Modanio nous a été fort utile dans nos transactions avec le Tharseim. Je tiens aussi à vous féliciter, marchand, pour votre habileté concernant les Mousserands. Vous avez réussi à les convaincre de nous accorder le monopole sur leurs œuvres artistiques végétales, très prisées dans les milieux fortunés. Et de plus, ils se détournent de la Valoki pour s’ouvrir au commerce avec nous. C’est une bonne chose.

    — Un grand merci, Monseigneur, dit Tiaz Modanio avec une révérence obséquieuse. Il n’a pas été facile de négocier avec ces primitifs… les taxes rapportent de belles sommes au trésor national. Lorsque je pourrai mettre en place mon circuit de croisières aériennes, des Thars composeront aussi ma clientèle. Ce qui ne peut être que favorable à notre économie et nos relations avec le Nord.

    Seneli Habako réfléchit quelques instants. La reine nemosiane n’avait jamais brillé par sa finesse, mais elle ne manquait pas de caractère et se dévouait aux intérêts de son royaume. Son mari absent n’avait de noble que le titre marital, c’est elle qui dirigeait. Mais les paroles de son frère tempéraient souvent les colères royales, il était fréquent que Jalil la pousse à changer d’avis.

    — Soit, mon cher frère, convint-elle. Il est toujours sage d’écouter ses conseillers… Ces croisières de luxe sont une bonne idée, après tout, nous avons d’autres marchands pour commercer avec les Valokins. Montrez-vous plus habile à l’avenir, monsieur Modanio, que je n’entende plus parler de vous et des Sœurs Ophrys dans la même phrase. Vous pouvez disposer.

    — Mille fois merci, Votre gracieuse Majesté, lança Tiaz Modanio en s’inclinant presque jusqu’au sol malgré sa corpulence. Je peux vous assurer que je fais tout mon possible pour remplir les caisses de l’État.

    — Et les vôtres, compléta la reine.

    Le marchand effectua plusieurs révérences en marchant à rebours, un sourire aux lèvres, puis il quitta la grande salle pavée de marbre.

    Seneli Habako se leva de son trône. Habillée d’une robe claire arborant des motifs colorés et uniques pour chaque personne, la souveraine ne portait pas de couronne. Les rois et reines qui s’étaient succédé sur le Fauteuil de Zibril arboraient à la place un lourd anneau sigillaire à la main gauche, orné d’une magnifique émeraude où étaient gravées les armes de sa famille. Elle s’avança vers une baie vitrée pour observer la capitale.

    Akoumbé avait tellement changé ces dernières années. Au cœur de la cité, la vieille ville était tout ce qui restait de l’ancienne architecture valokine. Les bâtisses en forme de coquillages se délabraient malgré les rénovations. Seule la splendeur du palais royal était relativement préservée, au prix de dépenses exorbitantes.

    Sans l’aide des terims, les insectes bâtisseurs disparus depuis longtemps dans ce pays, les vestiges du rayonnement valokin se désagrégeaient, malgré les efforts des maçons. Mais c’était tout ce qui restait de pittoresque, d’ancien, la seule partie de la capitale nemosiane pouvant susciter un intérêt historique.

    Encerclant la vieille ville comme pour l’assiéger, les immenses tours de verre et de métal des nordiques avaient envahi le paysage.

     

    Akoumbé

     

    Des véhicules aériens se croisaient dans tous les sens, mais seuls les appareils des Thars disposaient des meilleures avancées technologiques. Les Nemosians devaient se contenter des moyens de transport les moins rapides ou les plus polluants. Seneli Habako soupira.

    — Qu’est-ce qui te chagrine, ma sœur ? demanda Jalil en s’approchant.

    — Notre famille a-t-elle vendu son âme ? dit-elle sans quitter la ville des yeux. Les nordiques prennent tellement de place… j’ai peur que nous y perdions notre identité.

    — Ne sous-estime pas notre peuple, les Nemosians sont forts. Nous sommes les descendants d’une lignée héroïque ayant bravé la domination des matriarches valokines, notre famille a pris de gros risques pour gagner notre indépendance, mais elle y est arrivée. Il nous faut poursuivre sur cette voie, nous affranchir de ceux qui cherchent à nous contrôler. Nous sommes sur le point d’accéder aux meilleures technologies, il faut tenir bon. Nous aurons bientôt les moyens de tenir tête à tout le monde.

    Seneli Habako se tourna alors vers son frère.

    — Je sais tout cela. Mais pourrons-nous réparer les dégâts ? Je me demande si les sacrifices en valent la peine. Depuis les désastres de la Mer Orange, je crains que les choses nous échappent complètement. Les préfets et les édiles de ces régions contestent ouvertement notre politique maintenant ! Si ça ne tenait qu’à moi, je les ferai tous enfermer.

    Jalil Habako eut un demi-sourire en posant une main réconfortante sur l’épaule de sa sœur.

    — Il ne faut surtout pas en faire des martyrs, pas pour le moment. Nous commençons à signer des contrats pour l’armement, ensuite ce seront les transports. Par leur cupidité, les nordiques sont en train de nous fournir ce qui nous servira à les tenir en respect, ce n’est pas le moment de renoncer. Quand nous aurons tout cet équipement, nous pourrons envisager de nous débarrasser de tous nos adversaires. De l’intérieur comme de l’extérieur.

    Seneli Habako soupira une nouvelle fois.

    — Je me range à tes arguments, comme souvent. Pour la gloire de la famille.  Mais si nous étions dans l’erreur depuis tout ce temps… sommes-nous la génération qui devra payer les conséquences ?

    — Je suis persuadé que non, affirma Jalil Habako. Nous avons toujours trouvé des solutions et nous en trouverons toujours… je vais être en retard, chère sœur, pour un rendez-vous que tu sais important. Gouverne la Nemosia avec le brio dont tu as fait preuve jusqu’à ce jour, et ne te fais pas de mauvais sang pour les affaires extérieures. Je m’en occupe.

    Sur quoi il prit congé de la reine, la laissant en proie à ses doutes.

    Je l’aime mais elle est trop faible pour assumer ce rôle, pensa-t-il en s’éloignant. Ce n’est pas elle qui mènera la Nemosia vers la gloire.

     

    ♦♦♦

     

     



     


  • Celtica : la cité des marins

     

    « C’est Bakir Meyo, bonjour. J’espère que vous allez bien. Moi pas très fort… la fin de l’année 602 approche et nous allons entrer dans le cœur de l’hiver.

    Je suis tombé malade. Mes bronches sont en feu et la toux ne veut pas me lâcher. La fièvre à présent. Je ne peux pas me permettre de me chauffer correctement dans le minuscule taudis où je vais certainement finir mes jours.

    Encore si misérable malgré mon grand âge. Je n’ai pratiquement rien pour me soigner et de toute façon, je n’ai aucune confiance dans les médicaments « spécial pauvres » auxquels j’ai accès.

    J’espère que je vais passer cet hiver. Il le faut. Sinon vous n’aurez jamais la fin de cette histoire.
    Je suis emmitouflé dans des couvertures en buvant des boissons chaudes mais ça ne suffit pas. Froid. Je grelotte en regardant les stalactites de glace qui pendent à l’encadrement de la fenêtre, dehors. Il neige encore.
    Tellement crispé par le froid que mon dos me fait mal.

    Je ne sais plus si je vous en avais déjà parlé, mais depuis très jeune j’avais commencé à avoir des problèmes de dos. Depuis la Glacière déjà. Dès les premières années que j’ai passées dans le Tharseim.
    Mais à l’époque j’étais plein de vigueur et mes douleurs n’étaient que passagères. Cela s’est aggravé avec le temps, les petits accidents se sont accumulés. Je n’ai pu accéder qu’à des emplois très durs physiquement, pendant la plus grande partie de ma vie. Maintenant je suis voûté en permanence.

    Vieille petite chose qui semble plier sous le poids d’un fardeau trop lourd. Quand je me regarde dans un miroir, j’ai moi-même du mal à reconnaître le jeune homme que j’ai été.

    Mais lorsque j’ai découvert Celtica je n’avais que vingt-trois ans. J’avais encore le regard vif, la tête bien droite et le dos solide.

    Nous étions au tout début de l’automne lorsque j’ai quitté Wudest dans le super-camion de Josh Rollmann.
    Dans les grandes plaines nordiques, le temps change brutalement à partir de l’équinoxe. L’été est déjà frais et assez pluvieux, d’autant que la brume de pollution voile le soleil même quand il fait beau.

    Il tombait de la pluie ou de la neige fondue par intermittence depuis une semaine quand nous sommes partis. Puis les averses se sont transformées en orages et les orages en tempêtes. Le mauvais temps nous a accompagnés pendant tout le voyage ou presque.

    lightning

    Il y eut cette année-là de terribles inondations dans les plaines de l’est du Tharseim. Le sol est tellement recouvert de béton et d’asphalte qu’il ne parvient plus à absorber les surplus d’eau. Quand les canaux et les égouts débordent c’est la catastrophe.

    Le camion de Josh était équipé de roues énormes, mais aussi d’un système de coussins d’air lui permettant de passer en mode amphibie. Nous traversions les cités-dortoirs et les complexes industriels inondés, où des gens avaient tout perdu et même parfois la vie.
    Si je n’avais pas insisté, nous ne nous serions pas arrêtés plusieurs fois pour porter secours à des gens qui risquaient leur vie pour ne pas abandonner leur véhicule, leur logement ou leur commerce. Les secours étaient complètement débordés. Désolé pour le mauvais jeu de mot, c’est venu tout seul.

    En tant que transporteur-livreur, Josh n’avait pas le droit de se permettre le moindre retard sur l’itinéraire prévu. En acceptant de venir en aide à des gens, il prenait le risque de perdre son travail et devait redoubler d’efforts pour rattraper le retard. Concrètement, chaque détour ou contretemps était ensuite rattrapé sur ses heures de sommeil.
    Ce genre de situation montre bien l’absurdité d’un système où l’argent est plus important que la vie des individus. Le routier qui ne respecte pas ses horaires et ses délais perd son job, qu’il ait sauvé la vie de toute une famille ce n’est pas le problème de l’entreprise.

    Alors nous nous arrêtions le moins possible. À travers les vitres de ce camion, j’ai été le témoin impuissant de scènes épouvantables.

     

    Le Tharseim est tellement immense qu’il nous fallut trois semaines de route pour atteindre Celtica. Et nous ne traversions que l’est du pays.

    Ce périple me donna l’occasion de décrocher des différentes drogues que j’avais consommées. Heureusement, j’avais évité les produits les plus addictifs et le sevrage se passa relativement bien.

     

    La capitale maritime des nordiques est située au sud-est du Tharseim, au bord de la Mer du Silence. Probablement la partie du pays où le climat est le plus clément. Cette mer doit son nom à ses eaux calmes en comparaison de l’océan tumultueux auquel elle donne accès.

    La Mer du Silence forme un grand golfe entre le Cap de Lorendal au nord et la Péninsule de Cruzco au sud. La frontière entre la péninsule nemosiane et le Tharseim est délimitée par l’embouchure de la Mer Orange.

    Du fait de sa proximité avec la frontière, Celtica sert de porte d’entrée à de nombreux migrants espérant entrer dans le Tharseim. Ombrouge pour ceux qui viennent de l’ouest ou du centre, Celtica à l’est.

    Certains migrants tentent même de remonter la Mer Orange dans des embarcations de fortune pour essayer d’entrer illégalement par la mer. Beaucoup se noient. Josh m’avait même dit qu’il soupçonnait les autorités nordiques de couler elles-mêmes les navires clandestins.

     

    Celtica est une mégapole un peu moins glauque que Wudest. Malgré la grisaille omniprésente, commune à toutes les villes de ce pays, elle bénéficie d’un meilleur climat et surtout d’un accès à la mer.
    Par chance il faisait beau le jour de notre arrivée. Je n’avais pas vu le déferlement des vagues ni senti l’iode marin depuis huit ans. Ces sensations ravivèrent des souvenirs de mon enfance et c’est avec beaucoup d’émotion que j’ai passé des heures à contempler la mer.

    Storm on the beach

     

    Josh avait droit à quelques jours sur place pour effectuer ses livraisons, prendre un peu de repos et repartir avec d’autres marchandises. Il en a profité pour me faire visiter la cité et ses environs.

    La mégapole elle-même ressemble à toutes les autres. En revanche une partie de la côte est constituée de falaises abruptes et les Thars ne les ont pas détruites. Un coin de nature préservé à quelques kilomètres à peine des gigantesques tours de verre et de métal.

    Ces falaises allaient devenir mon refuge, l’endroit où je suis venu prendre mon petit bol d’air régulier, pendant les années que j’ai passées à Celtica.

     

    Au bout de trois jours, Josh m’avait dégoté une petite chambre juste en périphérie du ghetto réservé normalement aux migrants. Officiellement il n’y a pas de ghettos, mais les logements dans les quartiers thars sont en général trop chers pour les étrangers. J’ai eu la chance d’habiter un modeste quartier nordique pendant quelques temps.
    Josh était ami avec une famille d’ouvriers thars, qui après trois générations de labeur acharné, étaient parvenus à devenir propriétaires dans un petit immeuble de leur quartier accolé aux bidonvilles des étrangers. Ils acceptèrent de me louer ce minuscule logement et m’aidèrent même à trouver mon premier boulot à Celtica.

    Puis Josh a dû repartir. Nous nous sommes promis de rester en contact par le biais de ses amis, quand il serait de passage dans la région. Après une accolade virile mais non moins émouvante, il a repris la route.

    J’ignorais alors que je ne le reverrais jamais plus.

    Il n’en avait parlé à personne, mais les quantités d’alcool qu’il ingurgitait à longueur de temps avaient totalement détruit son foie. Il mourut d’un cancer fulgurant trois mois plus tard, laissant derrière lui une veuve et deux orphelines.

    J’ai arrêté de boire.

    Je repense encore à ce grand bonhomme avec des larmes aux yeux, soixante-dix ans plus tard. Il m’avait sorti de la panade, m’avait aidé à me relever. Il avait même refusé que je dépense mes économies ridicules pour participer à notre voyage, si ce n’est pour payer ma nourriture.

    Ce gars m’avait donné un des plus beaux coups de pouce de ma vie, et je n’ai jamais pu lui rendre la pareille. À peine lui dire merci.

    Paix à ton âme, mon ami.

     

    ♦♦♦

     

    Celtica était au départ le nom de toute la région, avant qu’elle ne soit plus qu’une seule et unique mégapole. Une région qui a failli devenir un pays à part entière. Il y a dans ce coin une forte identité culturelle, héritée semble-t-il d’une très ancienne peuplade de la Terre antique.

    D’après ce qu’on m’a raconté, les fondateurs de la première ébauche d’agglomération étaient tous issus d’une même partie de l’hémisphère nord, sur notre monde d’origine. Des pays différents mais qui partageaient des racines communes.

    Pendant les premiers siècles de la colonisation, il paraît que c’était une région magnifique. Tout en étant très fiers de leur culture, ses habitants étaient ouverts aux étrangers et ils ont toujours été des grands voyageurs. Si vous croisez un Thars loin de son pays, vous avez deux chances sur trois qu’il vienne de Celtica.

    Le Tharseim n’a jamais voulu leur laisser l’autonomie. L’histoire locale est pleine de rebondissements politiques, parfois même d’affrontements armés.

    Au fil du temps, compromis et accords commerciaux ont fini par avoir raison des velléités d’indépendance de Celtica. Les autres nordiques les ont intégrés, grignotés, assimilés. Sans violence, lentement mais sûrement. Comme ils sont en train de le faire avec la Nemosia.

     

    factory

     

    Mon premier emploi à Celtica n’était pas terrible, mais j’ai pu gagner un peu d’argent dès mon arrivée.

    On n’embarque pas du jour au lendemain sur un navire de pêcheurs quand on est migrant. Il faut d’abord faire ses preuves dans les nombreux élevages de poissons, crustacés ou coquillages qui bordent la côte.

    Mais je savais qu’un jour je pourrais prendre la mer à nouveau. J’ai pris mon mal en patience et suis allé travailler dans des exploitations intensives, dont la cadence infernale et les maltraitances sur les animaux n’avaient rien à envier à leurs homologues terrestres de la région de Wudest.
    Par la suite j’ai compris pourquoi la progression des migrants souhaitant devenir marins se fait de cette manière.

    Si la Mer du Silence porte ce nom, c’est en raison du calme de ses courants à l’origine. Puis la pollution et l’exploitation des ressources en ont fait un monstrueux dépotoir marin. Un vaste cimetière aquatique encombré de débris flottants, de déchets toxiques et de cadavres de migrants clandestins. Elle porte d’autant mieux ce triste nom.

    Pour aller pêcher des espèces sauvages n’ayant pas encore disparu, il faut aller très loin des côtes. Beaucoup de chalutiers parcourent des centaines de milles nautiques pour rejoindre l’Océan Armaz, tellement immense que même les Thars n’ont pas encore réussi à le dépeupler de toutes ses espèces.

    Il faut partir des semaines en mer, voire des mois, affronter la violence de l’océan et revenir avec des cargaisons de poissons découpés, conditionnés et congelés à même le bateau-usine.

    Les pêcheurs ne recrutent donc que des ouvriers qui ont au moins une petite réputation de fiabilité et des affinités avec l’élément marin. Il faut d’abord faire ses preuves dans les élevages côtiers, puis dans les petits navires qui raclent encore les fonds de la Mer du Silence, avant d’embarquer pour l’océan.

    Ainsi passa l’automne puis l’hiver.

    Cette année 532 avait été particulièrement intense pour moi. J’ai failli mourir lynché, puis j’ai failli connaître l’amour. Ensuite je me suis lié d’amitié avec un Thars, tout en devenant l’ennemi d’un compatriote calsy. J’ai connu la rue, les squats. La toxicomanie.

    Puis finalement j’étais arrivé à Celtica, et j’allais y rester un petit bout de temps.

    Les premiers mois se sont déroulés sans évènement marquant, si ce n’est quand j’ai appris le décès de Josh par les propriétaires de mon logement. Des nordiques avec qui je m’entendais plutôt bien au début, mais ça n’a pas duré.

    J’ai gravi lentement les étapes imposées pour pouvoir prendre à nouveau la mer, enfin. J’ai fait de très belles rencontres et d’autres horribles. Je vous raconterai tout ça très bientôt.

    Enfin, j’espère. »

    – Bakir Meyo, “Errances d’un Calsy dans le Nord”, extrait n°6 [journal illégal]

    Ghetto calsy de Svalgrad, ouest du Tharseim – Année 602 du calendrier planétaire.