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  • Le Relais des Insectes Voyageurs


    Le RIV ou Relais des Insectes Voyageurs fut créé pendant le règne de Shaïli Angama, période souvent considérée comme l’âge d’or de l’Ordre Ophrys.
    Cela faisait une vingtaine d’années que la Valoki était un pays à part entière, ses frontières s’étendaient alors jusqu’au Calsynn. À cette époque, l’immense nation tropicale englobait aussi les territoires qui réclameraient bien plus tard leur indépendance sous le nom de Nemosia.

    Les Sœurs Ophrys tenaient à ce que leur société se détache au maximum de la technologie industrielle. Mais sans les engins volants fabriqués dans les usines des Thars, certaines distances à parcourir pouvaient rendre les voyages extrêmement longs.
    L’usage des ballons dirigeables se généralisa rapidement pour effectuer de longs trajets. Cependant, ils s’avéraient assez lents et il n’était pas toujours pratique de devoir se limiter aux horaires ou aux destinations des transports en commun.

     

    Seules les moniales étaient capables d’utiliser le Seid pour chevaucher des insectes sociaux. Mais les aporims et les vespères, indispensables à leurs colonies, ne pouvaient effectuer de très longs parcours. Même les Sœurs avaient besoin de trouver d’autres moyens de voyager.
    L’idée du Relais des Insectes Voyageurs fut développée par une famille d’éleveurs valokins de la province du Jailong. Cette famille fut pionnière dans le dressage de montures ailées, les premiers élevages s’étant jusqu’alors limités aux usages agricoles.

    Les escarabes avaient été les premiers insectes géants domestiqués, d’abord pour leur chair et leurs œufs. Leur docilité permettait également de les utiliser pour les labours et comme animaux de bât. Mais s’ils se montraient très endurants et capables de transporter de lourdes charges, leur lenteur ne favorisait pas les voyages au long cours.
    Les autres animaux d’élevage tels que les copoces, triules, plismes… ne pouvaient servir de montures pour des raisons morphologiques ou comportementales.

    Après des tentatives infructueuses sur diverses espèces, les dresseurs de montures commencèrent à obtenir des résultats intéressants avec des locustrelles et des locristes.


    Ces deux familles proches d’insectes herbivores possèdent des ailes et des pattes arrière très longues et musclées, leur permettant d’effectuer de grands sauts.
    Les locustrelles se servent de leurs ailes pour prolonger leurs bonds en planant dans les airs, tandis que les locristes sont réellement capables de voler. Il en existe des dizaines d’espèces réparties sur tout l’hémisphère nord.
    Leur usage se généralisa rapidement, même jusqu’au Tharseim pendant la belle saison. Durant quelques années, ce furent les seuls types de montures ailées utilisées par le RIV. Puis l’on parvint même à dresser les membres d’une autre grande famille d’insectes, carnivores ceux-là : les odolules.

     

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    Au fil du temps, les odolules devinrent les montures volantes privilégiées du Relais des Insectes Voyageurs.
    En dépit de leur rôle naturel de prédateurs, elles n’attaquent jamais les humains. Elles volent bien plus rapidement que les locristes et vivent aussi plus longtemps à leur stade d’imago (l’âge adulte).
    En revanche, leur élevage représente de plus grandes difficultés en raison de leur premiers stades de développement.
    En tant que larves, les odolules sont d’abord des animaux aquatiques.
    Les élevages doivent donc se situer près de rivières, d’étangs ou de lacs. Il faut patienter de longs mois pour qu’elles atteignent leur dernier stade de développement. Et là seulement peut commencer leur dressage en tant que montures aériennes. Il reste avantageux pour les éleveurs de suivre leur évolution dès la sortie de l’œuf, afin qu’elles soient déjà habituées à la présence humaine au moment de leur premier envol.


    La plupart des points d’accueil du RIV sont des fermes-auberges basées sur le même fonctionnement.
    D’une part, un élevage où sont dressées et soignées les montures. De grands enclos en dôme sont utilisés pour parquer les animaux disponibles, en général entourés de bâtiments abritant sellerie, infirmerie et réserves de nourriture, sur le modèle du caravansérail terrestre.
    D’autre part, une auberge pour accueillir les voyageurs qui louent les insectes. Elle propose le gîte et le couvert pour des tarifs très variables selon les endroits, pouvant aller du simple au double.
    Les infrastructures et la main d’œuvre nécessaires au bon fonctionnement de ces établissements imposent une gestion en équipe, bien souvent familiale.

     

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    Toutes les montures du RIV sont louées à la journée. Elles sont dressées pour rentrer toutes seules dans leur élevage d’origine, dès qu’elles sont relâchées après une bonne nuit de repos. Il est donc primordial pour les voyageurs de savoir se diriger vers leur prochaine halte du jour qui est toujours définie à l’avance. Tous les relais successifs sont distants maximum d’une journée à vol d’odolule.
    Il est formellement interdit de déroger à ces règles.
    Des pauses régulières sont effectuées, en moyenne toutes les deux heures. En général, les propriétaires fournissent des rations de nourriture séchée qu’ils accrochent à la selle de la monture pour qu’elle reprenne des forces lors de ces pauses.

    Les odolules portent une muselière en vol pour leur éviter de se mettre en chasse d’autres insectes.
    Elles ont très peu de prédateurs et sont éduquées à voler en altitude lors de leur voyage retour. Les accidents sont rarissimes. Si par malheur l’animal ne rentre pas ou qu’il est blessé en arrivant dans sa ferme, le locataire de la monture risque de devoir rembourser le dresseur à la hauteur du préjudice subi. Peut s’y ajouter une peine de prison en cas de maltraitance avérée, selon le pays.

    Pendant plusieurs siècles, le Relais de Insectes Voyageurs resta le moyen de transport individuel privilégié sur l’ensemble des Ceintures Tropicale et Désertique.
    C’est seulement dans le Tharseim que les insectes volants ne purent jamais prendre autant d’importance que les véhicules technologiques. D’une part en raison de la longue saison hivernale pendant laquelle les arthropodes hibernent ou meurent… mais aussi en conséquence des décisions économiques et politiques des dirigeants qui se sont succédé à la tête de la grande nation nordique.


    Dans le Calsynn, l’avènement de certains clans de pillards a compliqué les choses quelques années avant que débutent les aventures de Naëlis Dirmel et Elorine Sequoia racontées dans les romans. Les voyageurs isolés et les caravanes peuvent être ciblés par des attaques de ces pillards dont certains pratiquent l’esclavage.
    La traversée du Calsynn n’a jamais été facile en raison des dangers représentés par les animaux carnivores, l’aridité du désert et la fréquence des tempêtes de sable. Elle est récemment devenue encore plus périlleuse. Le Relais des Insectes Voyageurs a fini par disparaître complètement de la Ceinture Désertique.

    Après que la Nemosia ait pris son indépendance vis-à-vis de la Valoki, les relations sont tout de même restées cordiales entre les deux nations. Les insectes du RIV et leurs passagers ont longtemps pu circuler librement dans toute la Ceinture Tropicale.
    Mais depuis quelques décennies, les Nemosians se sont nettement rapprochés des Thars. Ils ont favorisé la production industrielle dans tous les secteurs de leur économie. Les aérodocks se sont développés dans la plupart des agglomérations, au détriment du RIV dont les établissements tendent à se reconvertir.


    Même la paisible Vallée des Mousses, dont les habitants ont vécu sans technologie moderne pendant si longtemps, ne compte plus qu’un seul relais dans le village de Rizom. De moins en moins fréquenté par des voyageurs à dos d’insecte, il risque là aussi d’être remplacé un jour par une piste d’atterrissage pour les vaisseaux modernes.

     

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    En ce début de 7ème siècle, il n’y a plus qu’en Valoki que le Relais des Insectes Voyageurs n’est pas menacé de disparition, à plus ou moins long terme. Il y est toujours autant utilisé depuis l’époque de sa création.
    Du moins, c’est ainsi que se présente la situation au début des romans… Beaucoup de choses sont amenées à changer au fil de la trilogie en cours.

    C’est un monde en changement.
    Aussi, toutes les situations présentées sur ce blog sont antérieures au début du premier livre. C’est l’occasion de rappeler que les lecteurs et lectrices peuvent parcourir l’ensemble des textes mis en ligne ici, sans y trouver de révélations sur les intrigues des romans.

    D’ailleurs le deuxième tome de la trilogie avance bien, je pense toujours le publier avant la fin de cette année.
    Et d’ici là, il y aura sûrement d’autres articles à lire sur le blog…

    Je vous souhaite un très bel été.




  • La chute de Meriv

     

    Sud de la Nemosia, année 583 du calendrier planétaire.

     

    Le visage lumineux projeté par la console holographique affichait une expression de plus en plus menaçante.

    — Monsieur l’édile, vous êtes en train de jouer un jeu très dangereux, affirma le Thars. Les conséquences de votre décision peuvent s’avérer catastrophiques pour votre cité.

    Crysarios Darek ne se laissa pas démonter par le ton condescendant de son interlocuteur.

    — J’en suis conscient, monsieur le Gouverneur. Mais les habitants de Meriv m’ont justement élu comme édile parce que je suis le seul à oser affronter ces conséquences. À vous affronter, devrais-je dire.

    — C’est inadmissible ! s’emporta le Thars. Votre inconscience vous coûtera cher, monsieur Darek !

    — Peut-être… en attendant, au nom de la population de cette ville, je vous demande une dernière fois de partir avec tous vos compatriotes.

    La voix du Gouverneur des colons nordiques devint glacée, tandis que son hologramme fixait Crysarios d’un air méprisant.

    — Je vous avais prévenu, Darek.

    La communication fut coupée. Crysarios se dégagea de la console en se renversant dans son fauteuil avec un soupir. Son épouse, qui n’avait rien perdu de la conversation, s’approcha alors et posa ses mains de part et d’autre de sa nuque puissante.

    — Tu as pris la bonne décision, dit-elle en massant les épaules de son mari.

    — J’espère, Valeria. Mais tu as entendu leur chef, ça va barder. On a bien fait de mettre Leanne à l’abri avec les autres enfants… je serais plus rassuré que tu la rejoignes, à vrai dire.

    Leur fille âgée de quatre ans à peine était sous la protection de tout un bataillon de gardes, cachée à l’abri dans des abris souterrains, avec une bonne partie des habitants de Meriv. Se doutant du conflit que leur révolte allait engendrer, ils avaient pris des dispositions. Crysarios fit pivoter sa chaise pour faire face à sa femme, en lui lançant un regard insistant. Valeria secoua la tête.

    — Il est hors de question que je te laisse tout seul, si la situation dégénère.

    — Elle va dégénérer, ce n’est qu’une question de temps. Je ne veux pas que tu t’exposes au danger.

    — Je suis à tes côtés depuis le début, j’y resterai quoi qu’il arrive, assura Valeria.

    Crysarios se leva pour la prendre dans ses bras. Ils s’étreignirent un moment, puis suivant une impulsion commune, le jeune couple s’approcha de la baie vitrée en demi-cercle qui donnait vue sur la mer, en se tenant par la main.

    La mer Orange ne méritait plus son nom. Les vagues qui venaient s’échouer sur le rivage charriaient des quantités impressionnantes d’algues nauséabondes et de déchets industriels en tout genre. Pendant des siècles, la cité de Meriv avait été considérée comme la capitale du corail.

    Située sur une presqu’île à l’embouchure du fleuve Nemos, elle accueillait encore quelques-uns des joailliers spécialisés dans la confection de bijoux coralliens, des pêcheurs d’animaux exotiques et des cueilleurs d’algues aux nombreuses propriétés médicinales. À présent, tous ces gens étaient désœuvrés, désorientés, impuissants devant l’effondrement des écosystèmes qui avaient fait le prestige de la région. Nombre de ses habitants avaient quitté Meriv ou projetaient de le faire. L’exode était déjà entamé.

    Même les célèbres herbes-cornalines qui parsemaient les fonds côtiers d’une splendide couleur orange avaient disparu face à la pollution. Depuis que des alliances avaient été forgées avec les Thars pour exploiter les ressources de la région, les accords commerciaux de plus en plus invasifs avaient donné lieu à une véritable colonisation de leur part.

    Les nordiques avaient investi le secteur avec leurs constructions ultra-modernes : immeubles, usines, commerces… Les prédécesseurs de Crysarios les avaient laissé faire en s’enrichissant grassement, jusqu’à ce que les écosystèmes soient complètement épuisés, envahis par la pollution.

    La source de la prospérité à présent tarie, les Merivois venaient d’élire un nouveau dirigeant pour mettre les Thars dehors. Ils ne manquaient pas de courage, mais d’aucuns considéraient qu’il était déjà trop tard. Les dégâts s’avéraient irréparables à court terme. Il faudrait des générations entières de nettoyage pour venir à bout d’un tel gâchis.

     

    (arbres retouchés. Crédit photo : The Photographer)

     

    Une sonnerie résonna sur le communicateur du bureau de Crysarios. Au même instant, Valeria poussa un cri étouffé en tendant le doigt vers une autre baie vitrée donnant sur la ville. Le nouvel édile se précipita vers son bureau en jurant devant la scène qui s’offrait à ses yeux.

    Les vaisseaux des colons nordiques semblaient occuper tout le ciel au-dessus de la côte, sur la partie moderne de la cité qui avait triplé de volume en seulement quelques décennies. Leurs ombres s’étendaient sur les immeubles comme des ailes menaçantes, funestes.

    — Bien sûr que je les vois ! s’écria Crysarios dans son communicateur. Vous avez déjà vos consignes, lancez l’opération tout de suite !

    Des appareils nemosians décollèrent aussitôt de l’aéroport pour s’avancer vers les engins thars.

    Crysarios s’approcha de son épouse et l’embrassa.

    — Tu es sûr que cette manœuvre d’intimidation va porter ses fruits ? demanda-t-elle, inquiète.

    — Non, répondit-il franchement. Je l’espère mais je n’en suis pas sûr. Nous sommes en minorité et notre armement est moins important que le leur. Je ne pensais pas qu’ils agiraient si vite.

    — Il est risqué de bluffer avec ces gens… dit Valeria d’une voix angoissée.

    — J’ai un autre atout dans ma manche, révéla Crysarios avec un sourire mystérieux. Viens maintenant, le temps presse.

    Valeria s’apprêta à poser une question pour en savoir davantage, mais les premières détonations éclatèrent. Le jeune couple quitta la maison en courant pour s’engouffrer dans l’appareil qui les attendait dehors. Ils décollèrent à toute vitesse pour se joindre à leur groupe de vaisseaux.

    Les Thars commençaient à bombarder leurs propres bâtiments désertés. Ils savaient que la majeure partie de la population de Meriv s’était regroupée dans la vieille ville et sa citadelle. Acculés dans une impasse diplomatique, sommés de s’en aller par les habitants locaux et lâchés par leur propre gouvernement, ils avaient décidé de ne rien laisser derrière eux.

    Crysarios donna des ordres et son appareil fut le premier à engager le combat. Une partie des vaisseaux merivois entreprirent d’attaquer ceux des nordiques, pour les empêcher de pilonner les extensions modernes de la cité. Les autres restaient au-dessus de la citadelle pour la protéger.

    Malgré les efforts des nemosians, ils ne parvinrent pas à empêcher les colons nordiques de détruire la partie de la cité qui leur avait appartenu.

    Il était primordial de protéger la population regroupée dans la vieille ville. Trop peu nombreux, les appareils merivois qui tentaient d’attaquer ceux des colons furent rapidement détruits ou mis en déroute.

    À côté de l’appareil de l’édile, un des vaisseaux qui les escortaient explosa dans une grande gerbe de flammes. Leur propre aéronef fut secoué, puis soudain touché par des tirs. Ils durent se poser en catastrophe parmi les décombres.

    Un autre engin vint aussitôt à leur secours.

    — Monte avec eux ! cria Crysarios à sa femme. Je dois m’occuper d’une chose que je suis seul à pouvoir faire.

    Valeria lui lança un regard de reproche.

    — Ton fameux atout ?

    Crysarios acquiesça en la poussant sans ménagement vers la passerelle du vaisseau qui était venu les chercher. Valeria s’y réfugia à contrecœur, entourée de gardes. L’édile regarda l’appareil s’éloigner un instant, puis il courut vers l’entrée d’un passage secret dans les tunnels souterrains.

     

    Valeria prit la tête des défenses aériennes. Malgré leur courage, les vaisseaux nemosians ne parvenaient pas à repousser ceux des Thars. Subissant de lourdes pertes, ils durent bientôt se replier autour de la vieille ville pour consolider le rempart aérien formé par leurs engins volants.

    Ils assistèrent, impuissants, à la destruction complète des usines, des commerces et des immeubles d’habitation que les Thars avaient mis des années à construire. Moins d’une heure suffit pour que toute la partie moderne de Meriv soit en ruines.

     

    (crédit image : GsFDcY)

     

    Un immense champ de gravats occupait à présent tout l’espace le long de la côte.

    La flottille des colons nordiques s’approcha dangereusement de la citadelle sur la presqu’île.

    — Préparerez-vous à défendre chèrement votre peau ! lança Valeria aux hommes et aux femmes qui l’entouraient dans le vaisseau. Quelqu’un sait où est passé mon mari ?

    Mais personne ne savait où Crysarios se trouvait, ni même s’il était encore vivant. Résignée à se battre jusqu’au bout, Valeria allait donner l’ordre d’ouvrir à nouveau le feu quand ils assistèrent à une scène étonnante.

    Un appareil nordique s’inclina dangereusement vers le sol, et juste avant qu’il ne s’écrase, des témoins purent apercevoir une silhouette en émerger en effectuant un bond incroyable vers un autre vaisseau thars. Celui-ci ne tarda pas à foncer vers un troisième appareil. Les explosions provoquèrent des cris de joie parmi les Nemosians.

    Ils en profitèrent pour lancer de nouvelles attaques sur les vaisseaux ennemis qui restaient en formation serrée.

    On aperçut encore une forme sombre, se déplaçant avec une telle rapidité que personne ne pouvait affirmer de qui ou de quoi il s’agissait. L’apparition bondit à nouveau d’un vaisseau en flammes avant qu’il ne s’écrase, sur un autre encore intact. Elle pénétra à l’intérieur et quelques instants plus tard, cet engin ouvrait le feu sur ceux de son propre camp.

    Ce revirement de situation plongea les nordiques dans la plus grande confusion. Assaillis de toutes parts, ils rompirent enfin la formation d’attaque pour se replier.

    Dans l’euphorie, Valeria donna l’ordre de les poursuivre jusqu’à ce qu’ils aient quitté l’espace aérien de la région. Ce fut une terrible erreur. Plusieurs engins thars se retournèrent pour riposter et son vaisseau fut sévèrement touché.

    Avant que son aéronef ne s’écrase sur le champ de décombres qu’était devenue Meriv, Valeria eut une dernière pensée pour son mari et leur fille Leanne.

     

    Crysarios arriva bien trop tard pour leur porter secours. Il ne retrouva que des corps calcinés dans les restes de l’appareil, dont celui de sa femme.

    Terrassé par la douleur et le chagrin, il n’était plus que l’ombre de lui-même alors que la foule en liesse le portait en triomphe jusqu’à la citadelle. Il fondit en larmes quand on amena sa fille saine et sauve avec les autres enfants, et qu’elle demanda où était sa maman. Incapable de dire un mot, il la prit dans ses bras en la serrant très fort.

    La cité venait de retrouver son indépendance, ils avaient réussi à chasser les Thars. Mais à quel prix ? Toute la nouvelle ville avait été rasée par les bombardements des colons. Malgré les mesures prises pour protéger la population, on dénombrait des centaines de morts.

     

    Crysarios devint le héros de Meriv le jour même où il perdit son épouse.

    Il fit de son mieux pour élever Leanne tout seul, elle qui n’allait garder aucun souvenir de sa mère alors qu’elle lui ressemblait tant.

    Il garda précieusement son secret concernant l’aide qu’ils avaient reçue. Personne ne sut jamais quelle était cette étrange apparition qui était intervenue avec une telle efficacité. Insecte, humain, machine ?… Des rumeurs coururent pendant un temps, certaines complètement invraisemblables. La plus réaliste prétendit qu’il s’agissait d’un commando de plusieurs mercenaires d’élite que Crysarios avait secrètement engagé. On se demanda même s’il ne s’agissait pas de Thars ayant trahi leur propre camp.

    Mais cette triste victoire ne put empêcher la poursuite de l’exode.

    L’environnement était tellement saccagé que les gens finirent par désespérer de faire revivre cette région. Meriv fut progressivement désertée par la majeure partie de ses anciens habitants. Les Nemosians ne gardèrent que le souvenir de tous les hommes et les femmes qui s’étaient sacrifiés pour reprendre possession de leur cité.

     

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    Vingt-cinq ans plus tard en l’année 608, au moment où débute le roman, Crysarios Darek est toujours l’édile de Meriv. Même lorsque sa fille atteignit l’âge adulte et quitta la région pour vivre à Cruzco, une autre grande ville nemosiane, il ne se remaria pas. Il décida de rester pour tenter de redresser la cité, et surtout de nettoyer les écosystèmes ravagés de cette région qui jadis fut splendide.

    On raconte que c’est depuis cette bataille tragique que certaines régions de la Nemosia se sont liguées contre la monarchie. À cause des conséquences de leurs alliances avec les nordiques, il s’agit désormais d’un pays déchiré, divisé quant à l’influence des Thars sur la famille royale. Depuis les palais de leur capitale, les dirigeants ne semblent guère se soucier de sacrifier certaines régions lointaines, en échange de certains avantages.

    Ainsi se termina la longue chute de Meriv la belle, ancienne capitale maritime du corail, ancienne fierté du peuple nemosian, devenue symbole de honte et de gâchis.

    Et pourtant, ailleurs en de nombreux endroits, les humains continuèrent de saccager leur environnement.

     

     



     


  • L’arbre de l’indépendance

     

    zibril

     

    C’est en l’année 415 du calendrier colonial que la Nemosia gagna son indépendance.

    La Guerre des Menteurs venait de s’achever et l’immense nation tropicale de Valoki n’avait jamais été aussi affaiblie au cours de son histoire. Sous la domination d’un tyran nommé Torian Pascor, les Thars avaient manœuvré pour faire croire à une guerre civile qu’ils avaient eux-mêmes orchestrée parmi les Valokins, tout en réfutant publiquement les accusations pourtant justifiées des matriarches de l’ordre Ophrys.

    Chacune des deux nations ennemies accusait l’autre de mensonges éhontés, et ainsi, il fut commode pour les historiens des deux camps de nommer ce conflit la Guerre des Menteurs.

     

    Mais la Valoki avait subi des attentats, des sabotages et des assassinats pendant tellement longtemps que son peuple avait basculé pour de bon dans des conflits internes. Avant que les réseaux d’espions nordiques ne soient démasqués, infiltrés puis éliminés, les machinations de Torian Pascor s’étaient avérées efficaces. Les Valokins étaient plus divisés que jamais.

    Certaines femmes accusaient les hommes, tandis que les vieux soupçonnaient les jeunes et inversement, puis ce fut le tour des voisins, des marginaux, des origines ethniques minoritaires… toute forme de différence pouvait attiser la suspicion. Même les cinq provinces valokines s’étaient replié les unes sur les autres, surveillant leurs frontières dans la méfiance la plus complète.

     

     

    À cette époque, les deux provinces valokines les plus au nord étaient appelées Kewana (à l’est) et Pomguay (à l’ouest). Dans la province de Kewana se trouvait la plus ancienne grande ville de la ceinture tropicale, Akoumbé, où les Sœurs Ophrys avaient érigé un grand monastère avec l’aide de leurs alliés insectes, les terims bâtisseurs.

    La famille Habako s’était distinguée depuis longtemps par le nombre de personnalités publiques qu’elle avait engendrées. Bahiya Habako faisait partie des plus éminentes Veneris Matria à cette époque, dans cette province.

    Avant que la Guerre des Menteurs n’arrive à son terme, les dirigeantes de ce monastère avaient malheureusement accusé leurs consœurs de la province de Leda, la capitale, d’être indirectement responsables des vagues de terreur qui balayaient tout le pays depuis plus de vingt ans.

    Bahiya était très influente parmi les Sœurs de Kewana. Elle était également la tante de Demba Habako, un jeune homme farouche qui s’était illustré en remportant des combats sanglants à la frontière avec le Calsynn. Disposant d’une carrure imposante et d’un charisme indéniable, Demba était très populaire.
     
    Malgré la défaite de Torian Pascor et ses agents, leurs manigances avaient porté leurs fruits et la Valoki s’en retrouvait affaiblie, déchirée. Lorsque la paix revint avec la mise au jour des origines nordiques de la Guerre des Menteurs, les Veneris résidant à Akoumbé refusèrent cette version pourtant vraie, et se retournèrent contre l’ordre Ophrys.

    Sous l’impulsion de la famille Habako, profitant de l’influence de la vénérable Bahiya parmi les Sœurs et de celle de son neveu Demba sur la population civile, un soulèvement populaire fut organisé pour soutenir les moniales locales contre celles des autres provinces.

    Les Sœurs qui n’approuvaient pas leur décision quittèrent les provinces du Kewana et du Pomguay pour rejoindre la majorité des moniales, réparties dans les provinces restées fidèles à la Valoki.

    La branche locale de l’ordre s’effondra en fusionnant avec la nouvelle monarchie que la famille Habako mit en place.
     

     

    Bahiya resta dans l’ombre du trône où elle avait placé son neveu. Le monastère de l’ordre Ophrys devint le palais royal au cœur de la capitale.

    Dès le début de leur règne, ils placèrent la neutralité entre le Nord et le Sud comme un de leurs principes les plus chers, ainsi que la parité réelle entre les deux sexes.

    Demba Habako courtisa une épouse parmi les familles de notables, ils se marièrent et elle obtint le titre de reine, bien que disposant de pouvoirs moindres que l’héritier Habako. Pendant les deux siècles qui se sont écoulés depuis leur indépendance, les Nemosians ont toujours respecté cette coutume. Les hommes et les femmes ont exactement les mêmes droits, et le couple de souverains partage le pouvoir, bien que le dernier mot revienne toujours à celui ou celle qui possède son titre par la naissance.

    C’est ainsi que cette famille prit la tête de la Nemosia. La Valoki n’avait jamais fondé sa politique sur la conquête de territoires par la force, et le pays était alors tellement affaibli par une génération entière de terrorisme… l’indépendance nemosiane ne fut jamais plus remise en cause.

    Par la suite, l’influence des nordiques poussa la famille Habako à mettre en place une monarchie parlementaire, où le peuple des huit régions pouvait élire son préfet, ainsi que les différents édiles à la tête de chaque ville ou village. Ainsi furent préservées la plupart des particularités culturelles locales, bien que les grandes décisions affectant tout le pays fussent toujours prises par la famille régnante à Akoumbé.
     

    drapeau-nemosian

     

    Outre les hauts-plateaux marquant la frontière avec la Valoki au sud, la présence du Nemos, le plus grand fleuve de la planète, ou encore celle de la Mer Orange, il existe en Nemosia un autre lieu très particulier.

    Aux sources du Nemos se dresse une immense forêt unique sur ce monde, appelée la Forêt de Zibril car uniquement composée par cette espèce d’arbre-montagne endémique. Certains se demandent même s’il ne s’agirait pas d’une seule et même souche monstrueuse qui couvrirait des milliers de kilomètres carrés, car chaque individu composant cette forêt possède le même patrimoine génétique que les autres.

    Les zibrils  sont gigantesques et vivent des dizaines de milliers d’années, à l’instar des autres arbres-montagne. Leur bois très sombre est strié de veines rougeâtres, tandis que leurs grandes feuilles dentelées prennent une teinte olive au-dessus et argent en-dessous. Les zibrils ne produisent pas vraiment de fruits mais directement des graines très petites en comparaison de la taille des arbres. Ces graines sont attachées en couples à des ailettes typiques que l’on voit tournoyer en étant transportées par le vent, juste avant la saison pluvieuse en été.

     

    Si la famille Habako choisit le fleuve Nemos comme point commun aux deux provinces pour baptiser la Nemosia, les dirigeants avisés surent aussi utiliser les symboles et les particularités locales pour marquer l’imaginaire de leur peuple. C’est depuis cette époque que l’emblème du pays est un arbre rouge sur fond vert, sous lequel passe une bande bleue symbolisant le fleuve titanesque.

    C’est ce même arbre qu’on retrouve gravé sur l’énorme émeraude enchâssée sur l’anneau sigillaire que porte le roi ou la reine de sang royal.

    La légende raconte que le roi Demba Habako décida de ne pas porter de couronne, pour ne pas trop se démarquer de son peuple. Une autre version prétend qu’il s’était bien fait forger une superbe couronne en or incrustée de joyaux, mais que cette dernière lui occasionnait d’épouvantables migraines et des démangeaisons.

    L’orfèvre qui réalisa le magnifique objet fut confondu et jeté en prison, mais l’on se rendit compte que l’alliage de la couronne était bel et bien noble, et ne contenait pas de nickel comme on s’y attendait. Le roi était victime d’une allergie rarissime à l’or pur. Ses successeurs préservèrent la tradition de ne porter que l’anneau sigillaire, depuis l’origine forgé en palladium.

     

     

    En devenant le premier roi de Nemosia, Demba Habako fit sculpter dans le cœur d’une énorme branche de zibril un trône de bois sombre parcouru de veines rouges. Depuis presque deux cents ans, le Fauteuil de Zibril accueille le roi ou la reine nemosiane né(e) Habako.

    L’aîné(e) de la famille reçoit le titre de monarque au décès du dirigeant précédent et doit choisir son conjoint (sa conjointe) parmi les familles les plus influentes à la cour. Seul le véritable dirigeant a le droit de s’asseoir sur le Fauteuil de Zibril, l’époux devant se contenter d’un fauteuil plus classique aux côtés du souverain en titre.

    Dans leur volonté de se démarquer des Valokins en affichant voire en exagérant leurs différences,  les Nemosians ne parvinrent pas non plus à imposer une identité forte vis-à-vis des autres peuples. En dehors de leur intransigeance concernant l’égalité des sexes qui a toujours fait défaut à leurs voisins, l’influence des Thars n’a cessé de croître au sein de la famille Habako.

    Mais après deux siècles de développement technologique tous azimuts, la Nemosia doit maintenant faire face à d’importants bouleversements environnementaux. L’effondrement des écosystèmes de la Mer Orange est sans doute la plus tristement spectaculaire de ces conséquences, mais les forêts primaires ne furent pas épargnées.
     

    Aujourd’hui, en ce début de septième siècle de la présence humaine sur Entom Boötis, la reine Seneli Habako dirige le pays depuis la capitale nemosiane. La légendaire Forêt de Zibril, pourtant épargnée par l’exploitation intensive directe, subit elle aussi les conséquences du développement industriel. Cette magnifique forêt géante symbolisant leur indépendance est désormais malade.

    Certains voient dans ce déclin le signe, ou même la preuve, qu’il est temps pour les Nemosians de s’affranchir de la domination nordique. Pour se libérer du matriarcat de Valoki, ils sont finalement tombés sous la coupe des Thars. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour réclamer qu’arrive le temps de la véritable indépendance. Sur les huit régions, trois sont désormais unies en s’opposant ouvertement à la politique de la famille royale.

    La fière splendeur de la Nemosia semble maintenant aussi malade que sa forêt millénaire. Le destin des Hommes est lié à celui de leur environnement, bien sûr.

    Comment pourrait-il en être autrement ?
     




  • Chronologie et repères temporels

    Salut les ami(e)s.

    Aujourd’hui pas de personnages, pas de mise en scène, juste vous et moi. Ça ne deviendra pas une habitude. Je pense que vous préférez lire des histoires avec des enjeux, des émotions, et c’est l’objectif de ce blog.

    Suite à un échange avec une lectrice, j’ai réalisé que je n’avais pas expliqué les différences qui existent justement entre ce blog et le roman que je suis en train de réécrire (je dois avouer que cet été j’ai moins avancé que je ne l’espérais, mais ça avance quand même… je vais y arriver).
    La différence essentielle entre les deux est temporelle.

    Qu’ils abordent une période lointaine ou proche du roman, tous mes articles lui sont antérieurs. L’histoire développée dans le futur livre est la prolongation des textes que j’écris ici. En tout cas, au moins jusqu’à ce qu’il soit publié.

    Pour vous donner des repères supplémentaires, voici un petit résumé chronologique de quelques évènements notables dans l’histoire de cette planète.

     

    tic-tac-tic-tac(crédit image : Dimitris Kalogeropoylos)

     

    Premiers pas

     

    Année 1 (2634 sur Terre) : Arrivée sur la planète du vaisseau des origines. La colonie humaine s’implante d’abord dans la partie la plus froide de l’hémisphère nord. Établissement d’une base et début des explorations.

     

    Année 17 : Plusieurs petites agglomérations sont construites dans le Tharseim. Pendant la saison froide, l’hibernation des insectes géants permet aux humains de conquérir rapidement un vaste territoire. La toute première grande ville se développe, nommée Harfang en mémoire d’un animal polaire de la Terre antique. Elle restera par la suite la capitale de ce pays et la plus grande mégapole de la planète. Fondation de la Corporation Nordique basée sur les sciences et la suprématie humaine.

     

    Année 35 : Explorations dans le Calsynn et installation des premières communautés. L’aridité du désert et la présence permanente des arthropodes rend l’avancée des explorateurs beaucoup plus difficile. Dès cette époque, le Calsynn devient un refuge pour toute sorte de rebelles, parias et criminels fuyant le Tharseim. Les explorateurs envoyés par la Corporation poursuivent leurs investigations vers le sud.

     

    Année 41 : Premières explorations de la Ceinture Tropicale, dans ce qui deviendra ensuite la Nemosia. La végétation luxuriante, grouillante d’insectes en tout genre, complique davantage la tâche des expéditions. Ramesh Angama, un tout jeune biologiste, s’illustre également comme explorateur et meneur d’hommes.

     

    Année 52 : Naissance du premier enfant de Ramesh Angama, Palden. Au prix de nombreux carnages sur les populations d’arthropodes prédateurs, les expéditions s’étendent à toute la Nemosia. Plusieurs petites bourgades son disséminées dans toute la région.

     

    Année 55 : Naissance de Shaïli Angama. Tandis que les territoires contrôlés par les humains ne cessent de s’accroître, l’industrie commence à se développer dans le Tharseim.

     

    La séparation

     

    Année 79 : Début des explorations en Valoki, suivies aussitôt par la découverte du Seid. Premier contact de coopération entre un insecte et un humain. Le Nord et le Sud se divisent. Les premières frontières nationales apparaissent.

     

    Année 135 : Deux civilisations opposées se développent.
    Dans le Tharseim qui est à cette époque une démocratie paritaire, la production industrielle s’étend considérablement. Les insectes et végétaux sauvages ne présentant pas d’intérêt pour la science et le commerce sont exterminés. Tous les autres sont produits à grande échelle dans des serres et des bâtiments d’élevage. Les villes ne cessent de s’agrandir.
    En Valoki, fondation de cités et villages beaucoup plus modestes intégrés dans l’environnement. Développement des techniques utilisant les capacités psychiques liées au Seid, la technologie est volontairement limitée. L’ordre Ophrys rayonne sur toute la Ceinture Tropicale, plusieurs monastères sont construits. Les quatre espèces d’insectes sociaux les plus évoluées deviennent progressivement les alliées des Sœurs.

     

    Année 186 : Décès de Shaïli Angama, la fondatrice de l’ordre Ophrys. Suite à l’attaque d’une horde de myrmes noires, une colonie de terims proche de Leda offre sa construction monumentale aux Sœurs.

     

    Année 190 : Inauguration du monastère-terimière de Leda, après quatre ans de travaux pour l’adapter aux dimensions humaines.

     

    Année 202 : Abandon des tentatives d’exploration dans le Kunvel. Depuis un siècle, les Thars puis les Valokins ont tenté d’explorer l’équateur. Aucune expédition n’est jamais revenue.

     

    Le chaud et le froid

     

    Année 237 : Premiers désastres écologiques liés à la pollution et l’exploitation intensive des ressources naturelles dans le Nord. Les dirigeants du Tharseim tentent alors d’encourager le développement de technologies moins destructrices. Rapprochement avec les Valokins et signature de contrats commerciaux. Certains objets technologiques (dont la fabrication et l’utilisation respectent l’environnement) commencent à circuler en Valoki.

     

    Année 388 : Un tyran prend le pouvoir dans le Tharseim. Tous les efforts de ses prédécesseurs au sujet de l’environnement sont réduits à néant. Reprise de l’exploitation intensive des ressources, pollutions en tout genre, extinctions d’espèces… la société tharse bascule dans le patriarcat et la xénophobie. La hiérarchie des castes devient officielle.

     

    Année 390 : Premier conflit armé de grande ampleur entre les deux nations antagonistes. Le Tharseim envoie des troupes aériennes pour attaquer la Valoki. Ils subissent un échec cuisant : les pilotes et les troupes embarquées dans les appareils volants, assaillis par de puissantes vagues d’émotions projetées à distance par les Veneris Matria, refusent subitement de combattre à l’approche de leurs objectifs. Malgré les menaces et les exécutions de soldats récalcitrants, la situation s’enlise et les troupes sont rappelées dans le Tharseim. Mais le tyran n’a pas dit son dernier mot, il va réfléchir à d’autres méthodes pour mettre la main sur les ressources tropicales.

     

    La Guerre des Menteurs

     

    Années 393 à 414 : La Guerre des Menteurs a duré 21 ans. Profitant de tensions internes en Valoki, au sujet notamment de la place des hommes dans le matriarcat, des espions nordiques s’infiltrent pour se mêler à la population.

    Ils intègrent des groupes de mécontents ou en créent de nouveaux, exagérant les défauts et les erreurs de l’ordre Ophrys pour monter les Valokins contre les Sœurs.
    Progressivement, des groupuscules terroristes voient le jour et commencent à développer des sabotages, des attentats. Des empoisonnements, bombes, pièges à retardement et armes à longue portée sèment la mort et la terreur en touchant indifféremment les civils et les moniales. Le danger pouvant venir de n’importe où, n’importe quand, tout le monde soupçonne tout le monde.

    Les Veneris de l’époque sont complètement dépassées par les évènements, la Valoki semble sur le point de s’effondrer de l’intérieur.
    La branche guerrière de l’ordre, les Sœurs Ordoshaï, se ressaisit alors et commence à traquer les terroristes. Il leur faut des années pour démanteler tous les réseaux et remonter la piste jusqu’au Tharseim. En représailles elles envoient à leur tour une expédition jusqu’à la capitale nordique et au prix de leur sacrifice, le despote est tué. Fin de la Guerre des Menteurs.

     

    Ascension et décadence

     

    Année 415 : Profitant de la confusion dans une Valoki affaiblie, une famille influente prend le contrôle des deux provinces les plus au nord et réclame leur indépendance. La Nemosia devient une nation à part entière. La famille Habako s’installe dans la nouvelle capitale nemosiane et instaure un pouvoir monarchique.

    Écœurés par les conflits au sujet de la domination des hommes ou des femmes, ils mettent en place une société totalement paritaire. Mais depuis cette époque, les Nemosians n’ont cessé d’hésiter à s’inspirer de la Valoki ou du Tharseim selon les domaines. Ils ne sont pas parvenus à trouver un réel équilibre entre les influences opposées.

     

    Année 418 : Les Thars se relèvent lentement de leur échec. Un nouveau gouvernement démocratique est mis en place et tente de renouer le dialogue avec les autres nations. À nouveau, des efforts sont faits de la part des Valokins et des Thars pour trouver des compromis. Mais l’essentiel de leurs oppositions demeure.

     

    Année 452 : La Nemosia se rapproche du Tharseim et commence à développer son industrie. Les nordiques gardant jalousement leurs connaissances scientifiques dans les domaines les plus pointus, la technologie nemosiane se développe beaucoup moins efficacement.

     

    Années 470 à 570 : Différents gouvernements démocratiques se succèdent dans le Tharseim, mais tous œuvrent dans le même sens. Le rythme effréné de la propagation industrielle s’accélère, les mégapoles et les usines s’étendent tellement qu’elles arrivent à se rejoindre. La technologie de pointe n’étant accessible que grâce à leur aide, en contrepartie, la présence des Thars devient envahissante chez leurs voisins.

    Des exploitations nordiques commencent à voir le jour dans le Calsynn et surtout en Nemosia, où dans certaines villes sont érigés de nouveaux quartiers pour accueillir les nordiques.
    Malgré tout, les Sœurs Ophrys continuent patiemment de tenter de raisonner les autres peuples quant à leur gestion de l’environnement et la course à la consommation. Elles parviennent parfois à obtenir des concessions dans certains domaines, qui sont ensuite remises en question par le gouvernement suivant. Certaines diplomates ont visiblement fini par baisser les bras.

     

    Passé récent

     

    Année 582 : Bataille de Meriv. Face à l’effondrement dramatique des écosystèmes de la Mer Orange et ses environs, les Merivois se soulèvent contre les Thars installés dans leur grande cité portuaire. On suppose qu’ils ont reçu une aide extérieure conséquente, car en dépit de leur potentiel destructeur considérable, les nordiques ont été chassés de Meriv. Il semblerait également que leur propre gouvernement n’ait pas souhaité s’en mêler pour éviter une véritable guerre. Mais la bataille finale de ce conflit a rasé la plus grande partie de la ville, et la pollution dans la région est catastrophique.

     

    Année 587 : Accession au pouvoir de Hirdan Pascor à la tête du Tharseim, dans des circonstances suspectes étant donné la mort brutale de son prédécesseur et les soupçons de tricherie durant les élections du nouveau Grand Ordonnateur. Très rapidement, les agissements du nouveau dirigeant s’avèrent très différents des objectifs affichés pour séduire les foules.
    Les conditions des femmes se dégradent, des mesures drastiques de contrôle des naissances répondent aux problèmes de surpopulation. Les garçons et les hommes sont favorisés dans tous les domaines.

     

    Année 593 : Par le biais de nombreux changements des lois, de manœuvres, d’un concours de circonstances mêlant d’étranges disparitions et des accidents touchant ses détracteurs, Hirdan Pascor met fin à la démocratie dans le Tharseim.
    La propagande favorise le culte de la personnalité, la surconsommation, la misogynie et le racisme. Les autres nations sont ouvertement méprisées et rabaissées par les médias, tout en provoquant discrètement la convoitise sur leurs paysages et leurs richesses.
    Parallèlement, des relations diplomatiques hypocrites sont maintenues avec les autres nations, visant à leur proposer toujours plus de contrats commerciaux. Les peuples du Sud ont désormais accès à une grande partie de la technologie nordique.

     

    Année 598 : Les relations tournent au vinaigre, à nouveau, entre la Valoki et le Tharseim. Les drames écologiques de la Nemosia, la vente de marchandises interdites en Valoki et les fausses promesses font éclater les tensions accumulées. Les ambassadeurs sont rappelés dans les deux pays, les frontières fermées de chaque côté pour les ressortissants du peuple ennemi.

     

    Année 602 : Contrairement aux craintes générales, les tensions n’ont pas dégénéré en conflit ouvert entre les Thars et les Valokins. Il semble que chacun se contente d’ignorer l’autre. La Nemosia entame en revanche une période de crise, une partie de ses régions désirant revenir en arrière au sujet du développement industriel et des relations avec les nordiques.

     

    Année 608 : Début du roman.

     

    ♦♦♦

     

    D’autres informations sont susceptibles de s’ajouter à cette chronologie. De prochains articles reviendront plus en détails sur certains passages.

    N.B : Les faits présentés ici correspondent à la version officielle telle que la connaissent Elorine et Naëlis, les deux personnages avec lesquels débute le roman. Pour une partie de ces évènements, d’autres vérités vont être révélées au cours de leurs aventures…

     

     



     


  • Le monastère de Leda

    Il y a bien longtemps que le monastère où résident Elorine et Naëlis est devenu le centre névralgique de l’ordre Ophrys.

    À l’époque du roman, cela fait quatre cents ans que toute l’architecture valokine est basée sur le savoir-faire des terims, les insectes sociaux bâtisseurs. Tout a commencé avec le monastère principal situé près de Leda, la capitale, au cours de l’année 186 du calendrier colonial.

    Sur Terre, vous connaissez l’existence des termitières. En Afrique certaines peuvent mesurer jusqu’à 8 mètres de haut avec une base de 30m de diamètre. Les termites mélangent leurs excrétions avec de la terre et parfois des fibres de bois, pour fabriquer un mortier devenant très solide en séchant.

    Comparés à la taille des individus qui les construisent ces édifices sont gigantesques, défiant encore les techniques humaines. Et ces petits insectes végétariens sont aveugles !

    Les termitières sont truffées d’un réseau de galeries, de conduits d’aération et de chambres abritant l’ensemble des ouvriers et soldats, la reine, le roi, les œufs et les larves, des réserves de nourriture et même des salles dédiées à la culture de champignons (les termites s’en servent pour dégrader les fibres de bois qu’ils ne peuvent pas digérer seuls).

    Termitière(images de Wikimedia Commons et Mycologia34)

     

    Ces constructions réalisées avec des matériaux totalement naturels sont étonnamment complexes. Elles disposent d’un système de ventilation très efficace apportant fraîcheur et humidité dans les salles qui en ont besoin. Les termitières favorisent même l’amélioration du sol dans les régions désertiques, la terre des alentours devenant plus fertile.

    Il en existe aussi bien sûr en milieu tropical humide.

    termitière-photo1 (crédit photo : www.wiithaa.com)

     

    Imaginez la taille d’une bâtisse construite par de lointains cousins des termites mesurant près de deux mètres… Sur Entom Boötis, les terims fuient également la lumière. Ils sont aussi aveugles et leur carapace est translucide.

    En cette année 186 donc, les frontières de la Valoki étaient bien définies, l’ordre Ophrys rayonnait sur toute la Ceinture Tropicale. La Nemosia n’était pas encore une nation, elle ne représentait que les deux provinces valokines les plus au nord, en bordure du Calsynn aride.

    Les constructions étaient faites de pierre et de bois dans la puissante nation tropicale, le monastère de Leda était une bâtisse imposante au cœur de la ville.

    Cette année fut marquée par deux évènements importants en Valoki.

    Shaïli Angama venait de s’éteindre à l’âge exceptionnel de 131 ans, après un siècle de règne prospère (voir Les insectes sociaux et La découverte du Seid). Dans sa grande bienveillance, la fondatrice de l’ordre Ophrys avait elle-même mis en place le Conseil Veneris, partageant le pouvoir avec les autres Veneris Matria. Aussi, il n’y eut pas de heurts concernant sa succession.

    Comme il était de tradition chez les Valokins, le départ de la défunte vers l’Au-delà fut l’occasion de célébrations joyeuses. Suite à l’incinération de l’héroïne nationale, des festivités eurent lieu pendant plusieurs semaines dans tout le pays.

    C’est au cours de cette période que survint un autre drame dans une terimière particulièrement proche de la cité de Leda.

    Les myrmes et les vespères locales étaient aussi des alliées des Sœurs Ophrys, elles n’en restaient pas moins des prédateurs s’attaquant parfois aux autres insectes sociaux.

    Dès qu’une nouvelle colonie voyait le jour il fallait envoyer des moniales prendre contact avec la jeune reine, renouveler les alliances, les compromis. L’essaimage de certaines espèces de myrmes était difficile à observer, l’envol nuptial s’effectuant de nuit. Seules les myrmes sexuées possédaient des ailes. Au cours de la parade nuptiale, les reproducteurs pouvaient s’éloigner de plusieurs dizaines de kilomètres de leur colonie d’origine.

    Suite à l’accouplement, les mâles mouraient dans l’indifférence générale tandis que les jeunes reines fécondées perdaient leurs ailes et se mettaient en quête d’un nid pour commencer à pondre.

    ant-flickr(crédit photo : Steve Jurvetson)

     

    Si certaines espèces de myrmes bâtissaient elles-mêmes leur édifice dans le sol ou dans un tronc d’arbre-montagne, d’autres en revanche n’hésitaient pas à s’approprier le travail de leurs voisins quand la place venait à manquer.

    Alors que les Sœurs Ophrys étaient accaparées par le deuil et les cérémonies, une colonie de myrmes noires provenant d’un secteur lointain prit d’assaut l’immense terimière pourtant si proche de Leda.

    Les moniales furent alertées beaucoup trop tard pour empêcher le carnage. Elles se précipitèrent en nombre dans la construction colossale mais ne purent stopper les combats à temps. Les myrmes avaient sous-estimé les forces de leurs adversaires et dans les deux camps les dégâts furent dramatiques. Les deux reines furent tuées.

    Chez les terims, contrairement aux myrmes, le roi et la reine vivaient ensemble au cœur de la colonie, entourés de sexués secondaires pouvant prendre la relève en cas de problème. Leurs techniques de défense étaient très élaborées (soldats bloquant les passages avec leur tête démesurée, jets d’acide, emmurement vivant des agresseurs…).

    Malgré de lourdes pertes la colonie des terims avait le potentiel de se reconstituer, tandis que l’échec des myrmes les avait condamnées : ayant perdu leur unique reproductrice, les orphelines s’éparpillèrent dans la forêt, leur dernière chance de survie étant de se faire adopter par une autre colonie de la même espèce disposant d’une reine fertile.

    Les Sœurs aidèrent les terims à évacuer les cadavres d’insectes, à tout nettoyer, puis il se passa quelque chose d’inattendu.

    Au lieu de se remettre à pondre le plus rapidement possible pour réinvestir l’immense construction, le nouveau couple royal quitta tranquillement la terimière avec l’ensemble de sa suite. Ils offrirent leur bâtisse phénoménale aux moniales comme témoignage de leur reconnaissance. Malgré leur intervention tardive elles avaient permis d’éviter que les deux colonies ne s’entretuent complètement.

    Les terims parcoururent à peine deux kilomètres à l’extérieur avant de trouver un emplacement à leur convenance. Ironie du sort, il s’agissait d’une ancienne myrmilière abandonnée que la colonie invasive des myrmes noires avait négligée, pour s’attaquer à une construction plus spacieuse et bien entretenue.

    Si les prédatrices avaient daigné fournir quelques efforts pour reconstruire le nid délaissé, au lieu de s’attaquer à des adversaires trop nombreux, les deux colonies auraient même pu cohabiter en bon voisinage. Mais la vie en décida autrement.

    Mastotermes_wiki(crédit photo : CSIRO)

     

    Dans un premier temps, les moniales furent embarrassées par cette offrande gigantesque. L’idée d’investir la structure colossale était intéressante, mais les innombrables tunnels et chambres ne correspondaient pas aux dimensions humaines. Elles se demandaient comment elles allaient s’y prendre pour remanier l’ensemble du bâtiment. Et surtout, avec quels matériaux ?

    Des Sœurs allèrent prendre conseil auprès du couple royal de la colonie de terims qui s’agrandissait rapidement. Quand ils disposèrent de suffisamment de troupes pour assurer la reconstruction de leur propre nid, les terims commencèrent à envoyer régulièrement des groupes d’ouvriers pour travailler avec les moniales.

    Alors que la rénovation de la nouvelle terimière ne prit que quelques mois aux insectes bâtisseurs, la transformation du futur monastère demanda quatre ans de travail conjoint aux humaines et aux terims.

    La hauteur des issues et des tunnels fut augmentée, les chambres de ponte et de culture furent réaménagées en bibliothèques, en salles de cours, en réfectoires ou même en jardins intérieurs placés sous des puits de lumière. Des centaines de pièces plus petites furent créées pour les logements, ainsi que des dizaines de couloirs et d’escaliers permettant la circulation des humaines. On ajouta des fenêtres, des entrées et des plateformes aériennes, le réseau de conduits d’aération fut adapté.

    Un ingénieux système de récupération et de distribution d’eau de pluie fut également mis en place avec des salles d’eau collectives. La bâtisse monumentale était éclairée par des lumines, sorte de lanternes sphériques contenant un concentré de luciférine bioluminescente (la substance qui fait briller les lucioles).

    En l’an 190 fut célébrée l’inauguration du nouveau monastère principal de l’ordre Ophrys.

     

    Depuis cette époque, toute l’architecture valokine fut conçue selon le même modèle, voûtes et alcôves de terre maçonnée, bien que jamais les dimensions fabuleuses du monastère-terimière ne fussent égalées. Même les monastères des autres provinces ne pouvaient rivaliser avec celui-ci. Ce style se généralisa aussi pour les habitations civiles.

    On décora les toitures des maisons de formes coniques ou de spirales, leur donnant des airs de coquillages géants agrémentés de grands vitraux colorés, imbriqués dans la végétation luxuriante.

     

    nautilus-house_flickr(crédit photo : Mahfuz Ahmed)

     

     

    À l’époque du roman, cela fait quatre siècles que le monastère principal domine le paysage valokin du haut de ses six cents mètres. Dédale de couloirs, salles, escaliers et ascenseurs, ces derniers étant actionnés par un système de turbines à aubes fonctionnant avec la force de l’eau.

    La végétation tropicale a progressivement envahi les parois extérieures du monastère. Fantastique emblème de la cohabitation possible entre les espèces, il est resté depuis cette époque la plus grande construction de matériaux naturels habitée par des humains.