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  • Un rayon de soleil dans la grisaille

     

    « Bonjour, chers lecteurs et chères lectrices, me revoilà. Bakir, le vieil immigré sénile qui est allé se perdre dans le Tharseim.
    Peut-être jugerez-vous que je suis un peu dur avec moi-même, mais c’est ce que je ressens. L’âge m’affaiblit physiquement depuis longtemps déjà, et maintenant, je ne peux que reconnaître que mon esprit lui aussi commence à décliner.

    C’est sans doute pour cette raison que je m’empresse d’écrire mes mémoires. Les souvenirs deviennent flous, les époques ont tendance à se mélanger dans ma tête. Tout commence à m’échapper, comme si ma vie s’estompait avec le temps qui passe. Mes forces m’abandonnent.
    Étrangement, les souvenirs lointains sont encore bien nets alors que je m’emmêle les pinceaux sur les dernières décennies.

    J’espère que je ne suis pas en train de perdre complètement la tête, que je pourrai aller jusqu’au bout de mon récit. C’est la dernière chose qui me raccroche à cette vie. La solitude me pèse. Par l’écriture, je garde un semblant de lien avec le monde des vivants. Avec vous qui me lisez.

    Alors je vous dois un grand merci, chers lecteurs et chères lectrices. Car à travers vos yeux, c’est un peu comme si je vivais encore grâce à vous. Je ne vais pas sombrer dans l’oubli et le vide.

    Moi qui ai toujours cru dans un Au-delà rassurant, me permettant d’accepter plus facilement ma vie difficile dans des conditions souvent injustes, alors qu’approche ce moment inéluctable… j’ai peur. Je doute. N’y a-t-il que le vide après toutes ces joies et ces peines, ces espoirs, ces rêves brisés qui m’ont maintenu en vie jusqu’à ce jour ? Je ne sais plus.

    Merci de me laisser cette petite place dans un coin de votre tête, de votre cœur… vous êtes la dernière source de chaleur qui m’empêche de basculer dans le froid et le néant.

    Aujourd’hui en l’année 602, j’ai 93 ans. C’est pas mal pour un travailleur manuel qui a connu de nombreuses privations, traversé tant d’épreuves…

    Je suis né en 509, j’ai quitté le Calsynn en 524 et après cinq ans à Ombrouge, j’ai découvert Wudest où je suis resté jusqu’en 532. Ces trois années ont été difficiles également.

    Alors que je travaillais sept jours sur sept, trimant comme une bête de somme dans plusieurs exploitations agricoles, mes maigres salaires ne me permettaient même pas de trouver un logement décent. Je vivais chez d’autres migrants, avec onze personnes dans un appartement minable en plein milieu du ghetto réservé aux étrangers indigents.

    Wudest_complexes_industriels

     

    J’ai failli mourir un soir d’hiver, au tout début de l’année 532.

    Je rentrais d’une journée de labeur dans un élevage hors-sol de chenilles exploitées pour leur cuir et leur viande. Ces pauvres animaux étaient entassés au point de ne pas pouvoir se retourner dans leurs cages, maltraités de la naissance à l’abattage. Des herbivores n’ayant jamais goûté le moindre bout de feuille verte, nourris avec des granulés et des farines à la composition plus que douteuse, n’ayant jamais senti la caresse du vent et la douce chaleur du soleil dans ce pays glacé.

    La neige tombait dru, recouvrant le paysage urbain comme un suaire. Il faisait déjà nuit depuis quelques heures alors que je rentrais dans la mégapole, accompagné de dizaines d’autres ouvriers pressés les uns contre les autres dans le dernier wagon d’un grand tramway à sustentation magnétique.
    D’habitude, nous autres migrants n’avions droit qu’à une sorte de bus aéroglisseur desservant les ghettos et les quartiers les plus pauvres des Thars. Mais ce jour-là, un problème technique obligea les autorités à nous faire partager un transport rutilant réservé normalement aux nordiques de classe moyenne.

    Il n’y avait plus de places assises. Je luttais contre la somnolence, accroché à une barre de métal en regardant les flocons tournoyer dans les rues blanches à travers la vitre du tram, quand une violente altercation a éclaté dans le wagon où je me trouvais.

    Trois étudiants thars étaient en train de s’en prendre à un migrant entre deux âges. Je crois bien que c’était un Valokin (c’était bien avant la fermeture des frontières entre les deux peuples ennemis). Le migrant barbu et grisonnant avait une peau bien plus foncée que la mienne, un accent que je ne connaissais pas. Il avait sur le visage d’affreuses marques dues à une exposition prolongée à des substances industrielles dangereuses. Je n’appris la cause de ces brûlures que bien plus tard, quand j’ai été amené moi aussi à travailler dans une usine de produits chimiques.

    Le pauvre type essayait de récupérer un objet que les trois jeunes nordiques lui avaient arraché et se passaient en riant. Les autres passagers faisaient semblant de regarder ailleurs. Je n’avais que vingt-trois ans, je n’étais pas bien grand mais j’étais vigoureux et assez impulsif. Mon sang ne fit qu’un tour et je me suis précipité pour venir en aide à cet homme, bousculant au passage d’autres occupants du wagon en ignorant leurs protestations.

    — Qu’est-ce que vous lui avez pris ? dis-je au trio d’étudiants de la caste marchande, vêtus de triangles jaunes et noirs. Rendez-lui tout de suite !

    — Mêle-toi de tes affaires, étranger, me répondit un des trois voyous.

    — Mais c’est du vol ! me suis-je exclamé.

    Je vis alors que celui qui m’avait parlé tenait dans sa main une sorte de pendentif, dont je ne voyais que la lanière qui pendait.

    — Ce médaillon compte beaucoup pour moi ! ajouta le pauvre homme au visage à moitié brûlé.

    — Pouah ! fit un autre étudiant du trio. Un symbole mystique, c’est interdit ici, négro. Sales métèques. Retournez-donc chez vous pour continuer vos pratiques d’attardés !

    Là, je reconnais que j’ai perdu tout contrôle. Mon poing s’est écrasé sur son visage sans même que je m’en rende compte.
    Celui qui tenait le pendentif essaya de me mettre un coup de tête mais il ne savait pas à qui il avait affaire. Dans le Calsynn pendant mon enfance, j’avais déjà appris à me battre. À Ombrouge dans la Glacière, je n’avais pas eu l’occasion de ramollir.

    J’ai baissé la tête et me suis lancé en avant, le prenant de vitesse, j’ai senti son nez se briser sur mon front. Le petit crétin est reparti en arrière en s’affalant sur des passagers assis, le visage en sang. Je me suis penché pour lui arracher le médaillon des mains, grosse erreur.
    Celui que j’avais frappé en premier en profita pour me flanquer un coup de pied en pleine tête. Complètement sonné je me tournais vers lui, luttant pour ne pas m’écrouler à mon tour. J’aurais dû me méfier du troisième qui était resté discret jusqu’à ce moment.
    Une douleur insupportable dans mes reins, une décharge électrique m’a traversé de part en part. Foudroyé. Mes jambes se sont dérobées. Je me tordais sur le sol, agité de convulsions. Paralysé par une petite arme à impulsion électrique qu’il avait sortie de ses poches.

    Alors, les trois jeunes nordiques se sont mis à me rouer de coups. Je me suis recroquevillé en serrant le pendentif dans mes mains comme si c’était le mien, alors que les coups et les insultes pleuvaient. Quand j’étais pratiquement évanoui, le visage en sang et plusieurs côtes cassées, ils ont fait de même avec le migrant au visage brûlé. Personne ne s’est interposé.
    J’imagine que le tram est arrivé à un arrêt à ce moment-là, car ils nous ont balancés par la porte ouverte.

    Je me souviens avoir repris brièvement connaissance, étendu dans la neige sur le trottoir. À côté de moi, l’homme au visage brûlé ne respirait plus. Malgré le brouillard qui obscurcissait mon esprit, j’ai reconnu les armures noires et rouges de policiers qui s’avançaient vers nous. Je n’avais plus la force de me relever, de faire le moindre geste. Un voile noir s’est abattu sur mes yeux.

    Je me suis réveillé dans un lit d’hôpital. Une infirmière était en train de me rhabiller, une jolie rouquine en blouse noire et blanche. Elle m’a regardé avec un sourire gêné en me couvrant d’un drap. Elle venait de me laver. C’est là que j’ai réalisé que j’avais une érection.

    — Bienvenue parmi les vivants, me dit-elle.

    Son sourire était aussi doux qu’un rayon de soleil en plein hiver.
    Pour cacher la bosse qui déformait mon pyjama et le drap sur mon bas-ventre, je me tournais maladroitement sur le lit en fuyant son regard. J’étais certainement le plus embarrassé des deux.

    — Désolé, bafouillai-je.

    — Oh, ne vous inquiétez pas, ça arrive souvent. C’est naturel pour un jeune homme vigoureux.

    Elle rassembla les affaires de toilette et s’apprêta à sortir. Tout me revint alors en mémoire.

    — Attendez. Depuis combien de temps… ?

    — Vous étiez inconscient depuis deux jours. Le docteur qui s’est occupé de vos fractures va être content d’apprendre votre réveil, mais il va falloir garder le lit encore un petit moment.

    — Et l’homme qui était avec moi ?

    Elle hocha la tête de gauche à droite avec un air désolé. J’ai senti mon cœur se serrer dans ma poitrine. Le pauvre homme que j’avais voulu aider était bien mort.

    — Il était cardiaque et n’a pas supporté les décharges électriques, m’apprit-elle.

    J’étais triste mais en la regardant, j’avais l’impression d’oublier tous mes malheurs, de planer sur un petit nuage. Comme si le reste n’avait plus d’importance.

    — Comment vous appelez-vous ? m’entendis-je lui demander, encore groggy par les anesthésiants.

    — Iveta, monsieur Meyo.

    — Appelez-moi Bakir. Se réveiller en voyant votre visage est la chose la plus agréable au monde… Vous reverrai-je ?

    Elle me sourit à nouveau et je crus que j’allais me noyer dans ses yeux verts. J’ai tout de suite senti qu’on se plaisait bien tous les deux. Elle consulta la petite montre digitale encastrée sur l’unique bague qu’elle portait.

    — Je vous apporterai votre repas dans deux heures, monsieur… Bakir.

    — Vivement dans deux heures, alors.

    Ses joues se sont empourprées légèrement, et puis elle est sortie de la chambre en souriant.
    Troublé, j’ai essayé de me rendormir en espérant que ces deux heures passent plus vite, mais rien à faire. J’ai réalisé que mes vêtements étaient pliés sur une chaise à côté de mon lit. Le pendentif du Valokin au visage brûlé était posé dessus. Un curieux symbole était représenté sur le médaillon de bois.

    Psychurgie
    (image retouchée. Source : Senank)

     

    Pauvre homme, victime du racisme et de l’athéisme extrême des Thars. Dans le Calsynn, nous croyons aux esprits du désert… je lui adressai une prière silencieuse en serrant le pendentif contre mon cœur. J’avais hérité de l’objet qui avait causé sa fin.

    La jolie Iveta s’occupa de moi jusqu’à ce que je puisse quitter le lit, ma convalescence dura une bonne semaine. La nourriture synthétique était affreuse mais je m’en moquais. Nous avons très vite sympathisé et elle s’est mise à me rendre visite dès qu’elle avait un moment de libre. En cachette, nous sommes devenus amants.

    Mais c’était une Tharse. Les femmes des classes modestes n’ont déjà pas une vie facile dans ce pays, elles doivent se trouver un mari avec une situation convenable pour espérer une vie meilleure. Autant dire que pour un migrant tel que moi, c’était déjà une chance de vivre cette petite relation cachée et follement excitante. Ma jolie rousse, mon petit rayon de soleil nordique…

    Quand j’ai enfin pu sortir de l’hôpital, elle a rompu. Même à l’époque je ne lui en ai pas voulu, j’étais conscient d’avoir eu de la chance. Et puis sans cela, je n’aurais peut-être pas connu ma femme quelques années plus tard.

    Elle m’apprit que c’étaient bien les flics qui m’avaient secouru sur le trottoir. Je les ai toujours évités, je les ai toujours considérés comme un danger, tant de fois je les ai maudits. Et pourtant… je dois bien reconnaître que face à la sauvagerie humaine, à la bêtise qui pousse des membres de notre espèce à se montrer inutilement cruels avec leurs congénères, les forces de l’ordre sont parfois indispensables. Ces types m’ont bel et bien sauvé la vie. Les trois étudiants ont été retrouvés et condamnés.

    Pendant cette courte période de complicité, Iveta m’apprit aussi pas mal de choses sur son peuple…

    Mais voilà que j’ai déjà rempli la place qui m’était impartie dans ce numéro de notre journal clandestin.
    La prochaine fois, je vous raconterai comment j’ai pu quitter Wudest et ses affreuses exploitations agricoles. Je vous expliquerai pourquoi les nordiques sont aussi méprisants envers toute forme de croyance religieuse ou mystique, pour quelles raisons ce peuple matérialiste rejette la spiritualité comme une maladie mentale. Les fous ! »

     

    – Bakir Meyo, “Errances d’un Calsy dans le Nord”, extrait n°3 [journal illégal]

    Ghetto calsy de Svalgrad, ouest du Tharseim – Année 602 du calendrier planétaire.

     


     

    P.S : le symbole dont Bakir hérita ce jour-là est celui de la psychurgie, ou magie psychique.

    Le courant de la psychurgie a été inventé au 19ème siècle sur Terre, formant un culte de l’invisible s’appuyant sur l’art d’utiliser la force de l’esprit. Mais certaines pratiques de magie blanche remontent aux origines de l’humanité…
    Le terme signifie littéralement « action de l’âme ».

    Sur Entom Boötis, les Valokins considèrent ce signe comme l’un des symboles du Seid.

     



     


  • Un système de castes

     

    « Bonjour, c’est Bakir. Aujourd’hui je vais vous parler un peu de moi, mais aussi comme vous l’aurez deviné au titre, de la société tharse qui est organisée en castes.

    Je tiens d’abord à vous expliquer une petite chose. Vous êtes en train de lire un journal interdit dans le Nord, ce qui veut dire que vous êtes vous-même dans l’illégalité. À moins que vous ne lisiez ces lignes depuis un pays éloigné du Tharseim, ce qui m’étonnerait beaucoup, mais après tout pourquoi pas. Ce serait inespéré pour moi.

    Quoi qu’il en soit, en publiant des textes qui vont à l’encontre de la propagande officielle, je suis un hors-la-loi. J’ai beau avoir passé l’essentiel de ma vie dans ce pays, je reste un immigré. Il est d’autant plus délicat pour un étranger de publier des écrits subversifs… à vrai dire, je risquerais le pire si je n’avais pas pris quelques précautions. J’aurais pu signer avec un pseudonyme, mais cela n’aurait pas forcément empêché les forces de l’ordre de remonter jusqu’à moi. Mon âge avancé me permet une autre option.

    Si vous lisez ces lignes, en fait, c’est parce que je suis déjà mort.

    Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’effet que peut avoir ce genre de phrase sur son auteur. Je suis en train d’écrire en sachant que je ne serai lu qu’après ma disparition. C’est un peu comme si je vous écrivais directement depuis l’autre côté ! Je trouve cette idée triste et à la fois amusante.

    Bien sûr, j’ai également pris soin de protéger ma famille. Mon épouse adorée a déjà quitté ce monde depuis quelques années, et je dois dire que j’ai hâte de la rejoindre. Quant à nos deux fils, nous avons tout fait pour qu’ils quittent le Tharseim.

    Pour l’aîné cela n’a pas été possible, à peine adulte il était déjà mari et père… Il a pu changer son nom de famille bien avant que celui-ci ne devienne synonyme de problèmes, en épousant une nordique. Vous ne le savez peut-être pas si vous venez d’arriver. Le Tharseim est une nation patriarcale, mais avant tout xénophobe. C’est rare mais un étranger épousant une Tharse peut quand même, après d’interminables démarches et examens, prendre son nom de famille et devenir alors un citoyen nordique.

    Notre plus jeune fils, plus aventureux, a quitté ce pays. Il est parti à la recherche de ses racines et doit être quelque part entre le Calsynn et la Nemosia, les pays d’origine de ses parents, en bonne santé je l’espère…

    Je suis maintenant le seul Meyo vivant dans le Tharseim, à ma connaissance. Si la police secrète venait à remonter la piste jusqu’à mon fils aîné, ils se rendront bien compte qu’il n’a rien à voir avec mes écrits. C’est un homme honnête et travailleur, n’ayant jamais commis le moindre écart avec la loi. Il n’est même pas au courant de l’existence de ce journal et d’ailleurs il la désapprouverait. Nous sommes en froid.

    Messieurs les flics et les militaires, je vous en conjure, laissez ma famille en-dehors de tout ça. Vous perdriez votre temps et gaspilleriez l’argent de l’État que vous servez avec tant de zèle.

    Tout le réseau clandestin d’auteurs, d’imprimeurs et de distributeurs du journal que vous lisez, tous les acteurs de cet acte de rébellion pacifique ont pris leurs précautions. Même notre journal n’a pas de nom. Vous ne nous empêcherez pas de nous exprimer, de faire éclater au grand jour la vérité. Notre vérité. Celle que nous vivons tous les jours dans ce pays décadent.

    Refermons cette parenthèse pour le moment. Comme vous le devinez sans doute, l’usure des années n’a pas atténué ma colère. J’en arrive à oublier que j’écris ces lignes pour vous raconter mon histoire. La mémoire me joue des tours à mon âge. Où étions-nous arrivés à la fin de mon texte précédent ?

    Ah oui, Ombrouge et sa Glacière…

    J’avais déjà vingt ans quand j’ai pu sortir de cet enfer gelé, en me payant un billet dans un de leurs fabuleux transports aériens fonctionnant à l’énergie magnétique. Un trajet ridiculement court étant donné les centaines de kilomètres parcourus, et surtout en comparaison de la somme astronomique que j’avais dû débourser, vu mon salaire de l’époque. C’était l’été.

    mines(image jaunie pour les besoins de l’article. Crédit photo : Stephen Codrington)

     

    Une fois la Muraille de Rouglace franchie, les montagnes rouges laissent la place à des reliefs plus doux composés d’autres roches, sans doute plus intéressantes pour l’industrie nordique : ils en ont fait une gigantesque exploitation minière. Les montagnes et les collines éventrées, disséquées pierre après pierre, offrent un triste spectacle.

    Je sais que de nombreux étrangers y travaillent comme des bêtes de somme, ceux qui ont choisi de tenter leur chance par la voie terrestre après avoir passé la frontière. La plupart de ceux qui s’aventurent à pied meurent de froid, de faim ou d’épuisement en essayant de rejoindre la première ville. Moi, j’avais passé cinq ans dans la Glacière pour éviter ça.

    Les Thars ne se soucient pas de la main-d’œuvre abondante constituée par le flot permanent d’immigrés. On peut crever ou survivre, tant qu’on se plie à leur jeu cruel, ils n’ont cure de notre sort. Tant mieux pour les plus forts et les plus malins qui s’en sortent, tant pis pour les autres. Certains ont même l’audace d’appeler ça de la sélection naturelle…

    C’est facile de s’amuser du malheur des autres quand on a comme seul mérite, pardonnez la crudité de mes propos, d’être sorti du bon utérus. Passons.

    Au nord du secteur minier s’étendent de vastes plaines entièrement couvertes de serres, de bâtiments d’élevage et d’usines, le tout quadrillé de routes où défilent en permanence d’énormes véhicules roulant ou glissant sur des coussins d’air, chargés de matières premières et de produits transformés.

    Les cheminées des usines crachent nuit et jour d’affreux panaches de fumées noires. Le ciel n’est jamais vraiment bleu, toujours voilé par une brume jaunâtre. Pas un arbre, pas un insecte sauvage, pas un brin d’herbe à perte de vue. Pas la moindre parcelle de terre à l’air libre. Partout ce n’est que béton, asphalte, grisaille et plastique. Ils ont recouvert la nature comme pour l’étouffer, la remplacer.

    Culture_hors_sol(crédit photo : Remi Jouan)

     

    J’ai alors découvert Wudest, la mégapole la plus au sud du Tharseim, considérée comme le « grenier » du pays. La ville en elle-même s’étend sur un millier de kilomètres carré, immense réseau d’immeubles, de tours et de voies de circulation bondées de véhicules en tout genre, mais les complexes industriels qui l’entourent sont encore plus impressionnants.

    Après quelques jours de galère dans la rue, je réussis à me faire héberger dans un logement miteux en périphérie de la cité, dans un quartier réservé aux migrants. Puis il me fallut retrouver du travail.

    Chaque jour je passais des heures dans les transports en commun, bondés de travailleurs manuels, pour aller suer dans leurs exploitations gigantesques. C’est là que j’ai commencé à rencontrer des représentants de toutes les castes nordiques.

    À Ombrouge, la plupart des Thars sont des militaires vêtus de rouge et noir. J’avais bien vu d’autres couleurs de vêtements, essentiellement des marchands dont les costumes étaient noirs et jaunes, toujours décorés des mêmes motifs en triangle. À Wudest j’en ai vu de toutes les couleurs, au sens propre comme au figuré.

    La société tharse repose sur trois piliers essentiels : la science, l’industrie et le commerce. L’emblème du Tharseim est un triangle tourné vers le bas, lui-même constitué de sept autres petits triangles représentant les sept castes. Chacune n’a pas la même valeur que les autres aux yeux des nordiques, et au sein de chaque caste la hiérarchie est représentée par le nombre de triangles présents sur les vêtements.

    Un simple ouvrier de la caste industrielle, par exemple, ne portera qu’un seul triangle vert sur ses vêtements noirs. Un chef d’équipe en portera trois, un technicien cinq et un directeur sept. Les  dirigeants des grands groupes et les Ordonnateurs portent tellement de triangles que leurs tenues évoquent des costumes d’arlequins, mais composés d’une seule couleur avec le noir.

    Vous suivez toujours ? Je sais, c’est un peu compliqué… moi-même j’ai mis des années à m’y habituer.

     

    Embleme_Tharseim

     

    Violet au centre : le pouvoir, le Grand Ordonnateur. Il est le seul à porter des motifs triangulaires de cette couleur. Les Ordonnateurs qui dirigent chaque caste portent une bande violette sur le col pour être facilement identifiables.

    Rouge : la police et l’armée, ne formant qu’une seule caste. Le nombre de triangles rouges détermine le grade. Seule exception : la garde rapprochée du Grand Ordonnateur qui porte des uniformes entièrement violets, unis.

    Gris : les scientifiques. Du plus éminent chercheur au simple laborantin en passant par l’ingénieur, tous portent des combinaisons noires et grises. Les triangles des médecins sont d’un gris clair presque blanc.

    Vert : les industriels, de l’ouvrier manutentionnaire au technicien, jusqu’au dirigeant d’entreprise.

    Jaune : les marchands. Cette caste comprend les grands corporatistes financiers, les négociants et en bas de l’échelle, tous les petits métiers liés au commerce (magasiniers, serveurs, vendeurs…)

    Orange : l’administration et l’enseignement. Le nombre de triangles de leur tenue désigne leur échelon, et donc en général leur niveau d’étude.

    Bleu : les artistes et les activités liées à la culture, aux loisirs. C’est la caste la moins nombreuse et souvent la plus dépréciée, quel que soit le nombre de triangles décorant leurs vêtements. Seules quelques stars ultra-médiatisées, allant bien sûr dans le sens de la propagande officielle, ont droit à un semblant de prestige.

    Les étrangers, qu’ils soient touristes ou immigrés, ne portent évidemment pas ce genre de motifs. C’est strictement interdit.

    J’ai sympathisé avec des Thars, ils ne sont pas tous aussi intolérants qu’on pourrait le croire. Certains sont tout à fait conscients de vivre dans une société plongée dans une fuite en avant, une course absurde au profit, au rendement toujours croissant, dans une frénésie de domination qui porte préjudice à toute la planète.

    Ils subissent eux aussi leur propre société.

    Ces Thars plus éveillés que la moyenne m’ont raconté qu’à l’origine, il n’y avait pas de castes dans leur pays. En tout cas, officiellement. Mais depuis longtemps, les disparités des classes sociales se sont révélées héréditaires. Enfant d’ouvrier, tu resteras ouvrier. Enfant de chef d’entreprise, tu prendras la relève, quels que soient tes véritables talents ou incompétences. Certains disent même que c’était déjà le cas sur Terre…

    Finalement, ce système de castes a le mérite d’avoir mis fin à une doctrine hypocrite prétendant que tous disposaient des mêmes chances dans la société. Au moins, les choses sont claires.

    Dans le Calsynn d’où je suis originaire, il est évident qu’on ne devient pas chef de clan sans un solide réseau d’influence. Il ne suffit pas de vaincre le meneur d’une tribu en duel pour prendre sa place, il ne suffit pas d’être le plus fort. Ceux qui pensaient le contraire ont eu de mauvaises surprises pendant leur sommeil ou dans leur nourriture, fatales… Mais ceci est un autre sujet, veuillez excuser les digressions d’un vieil homme.

    Quoi qu’il en soit, les sociétés humaines ont semble-t-il toujours fonctionné en strates hiérarchisées et bien définies, d’où il est très difficile de s’extraire.

    Les insectes géants qui dominaient Entom avant notre arrivée ont incontestablement inspiré les différentes nations humaines. Même les Thars qui méprisent la nature, avec leurs castes et leurs militaires dont les casques ont des antennes et des visières à facettes, ont pris modèle sur les premiers habitants de ce monde.

    Il y a tant à dire sur ce peuple déroutant. Dans les prochains numéros, tout en continuant à vous raconter mon parcours, je vous expliquerai ce qu’ils mangent, comment ils vivent et pensent, pourquoi ils sont aussi nombreux en mauvaise santé, malgré les apparences. Vous apprendrez les raisons expliquant l’absence totale de religions chez les nordiques, ainsi que leur développement limité de la robotique et de l’intelligence artificielle.

    Je vous raconterai ce qui a conduit ce pays à devenir ce qu’il est aujourd’hui : l’ennemi numéro un de notre planète et donc de notre avenir en tant qu’espèce. »

    freedom-the-unnamed(crédit photo : The unnamed)

     

    – Bakir Meyo, “Errances d’un Calsy dans le Nord”, extrait n°2 [journal illégal]

    Ghetto calsy de Svalgrad, ouest du Tharseim – Année 602 du calendrier planétaire.

     



     


  • Ombrouge : la frontière du Tharseim

     

    « Je suis un très vieil homme maintenant. Je me sens usé, si fatigué… Ma vie a été bien remplie, semée d’embûches et d’évènements importants dont j’aimerais raconter les plus marquants. Aussi ai-je entrepris de rédiger mes souvenirs.

    Mais je manque à tous mes devoirs, pardonnez-moi. Je m’appelle Bakir Meyo, j’ai passé mon enfance dans le Calsynn. Je suis né dans la partie la moins désertique de mon pays, dans un village de pêcheurs au bord de l’Océan Armaz. Je dois avouer que je suis un piètre représentant des Calsy.

    J’ai quitté le clan Meyo, ma famille et mon pays alors que je n’avais que quinze ans. La technologie et les richesses des Thars me fascinaient, comme beaucoup de membres de mon peuple, j’espérais pouvoir prendre ma part de ce gâteau appétissant… La tête pleine de rêves, je suis parti avec une caravane vers le nord en longeant les côtes de l’océan jusqu’à la Muraille de Rouglace, ce qui nous permit d’éviter le désert.

     

    View_from_Lipan_Point-wiki

     

    Nous suivîmes la Muraille pendant près de deux semaines sous un soleil de plomb. Cette grande chaîne de montagnes aux roches rouges ne nous offrait que très peu d’ombre, car nous étions au pied des versants sud.

    En avançant dans la garrigue à la végétation piquante, nous entendions les grondements du tonnerre de l’autre côté des falaises infranchissables, mais aucune averse ne parvint jusqu’à nous. La pluie semble mépriser le Calsynn, autant que les peuples qui ont la chance d’en profiter.

    Le manque d’eau, les pillards, les insectes carnivores… entre les myriapodes gigantesques, les pièges des myrmilions et de certains arachnides dans le sol, les scorpides tapis dans les rochers avec leur dard empoisonné, j’ai bien cru que nous n’arriverions jamais à destination. Nous n’avions que des armes à feu rudimentaires.

     

    Hommes, femmes, enfants et insectes de bât, un tiers de notre caravane n’arriva jamais à bon port. Malgré les morts et les blessés, nous atteignîmes finalement le seul passage dans la Muraille de Rouglace. Je me souviens comme si c’était hier de la première fois que j’ai vu la citadelle d’Ombrouge.

    Accrochées aux parois de la gorge dans l’ombre entre les falaises, ses hautes bâtisses rouges coiffées de lauzes noires avaient un aspect lugubre et menaçant. Un vent étonnamment froid s’engouffrait dans le canyon en nous apportant les parfums d’une autre végétation, d’un autre climat.

    La citadelle proprement dite n’était que la partie d’Ombrouge appartenant aux Calsy, comme c’est toujours le cas aujourd’hui. Nous avions passé le premier contrôle sans encombre. Derrière le haut mur d’enceinte se dessinaient des rues étroites et sinueuses entre les maisons qui semblaient avoir été placées au hasard.

    J’appris plus tard que ce désordre apparent est en fait une adaptation judicieuse aux particularités du terrain. Les bâtiments sont construits sur des roches dures, tandis que le pavement des rues stabilise les veines plus friables qui valent à ces à-pics la réputation d’être impossibles à escalader.

     

    68932474_394fff160b_zflickr (crédit photo : Ken Lund)

     

    Les plus hauts sommets étaient couverts de neige, c’était la première fois que j’en voyais.

    Dans la rue principale à l’ombre, de nombreux marchands vendaient des objets technologiques, désuets depuis longtemps dans le Tharseim. Mon peuple n’a toujours eu droit qu’à ramasser leurs miettes périmées… Nous avancions les uns contre les autres, craintifs, écrasés par la hauteur des parois vertigineuses qui semblaient serrer la citadelle comme un immense étau de pierre rouge.

    Nous n’étions qu’une poignée à vouloir passer la frontière dans ce groupe. Après des adieux émouvants à nos compagnons de voyage, nous laissâmes les autres membres de la caravane à leurs affaires. Inutile pour nous de s’attarder devant les marchandises obsolètes. Nous allions entrer dans le paradis technologique ! J’étais tout excité à l’idée de découvrir enfin cette nation puissante dont les richesses nourrissaient mes espoirs les plus fous.

     

    À l’autre extrémité de l’artère principale se dressait un impressionnant mur de métal, couronné de tourelles et de canons. Immense et lisse, il coupait littéralement la ville en deux. Trois portes blindées permettaient de passer le poste de contrôle surveillé par les nordiques. De nombreux appareils volants se croisaient dans le ciel, certains ressemblaient à de magnifiques galions dont les voiles reflétaient l’éclat du soleil. J’étais émerveillé.

    La plus grande porte était réservée aux rares Thars qui passaient la frontière par la voie terrestre ; la plupart la survolaient avec leurs vaisseaux volants, ne s’arrêtant que le temps d’un contrôle dans l’aéroport qui nous était encore invisible.

    Une file plus importante de marchands, diplomates et autres riches voyageurs se dirigeait lentement vers la deuxième entrée. Il s’agissait de Calsy, de Nemosians et même de Valokins, à cette époque. Des personnes qui avaient les moyens de se payer un aller-retour pour dépenser leur argent dans le Tharseim.

    Enfin, la troisième porte était réservée aux migrants tels que moi, qui espéraient accéder à l’opulence nordique ou échapper à la misère en fuyant leur pays d’origine pour toujours. L’interminable file de pauvres hères avançait avec une lenteur exaspérante vers les soldats qui gardaient le passage.

     

    Il nous fallut plusieurs heures pour arriver devant le poste de contrôle, durant lesquelles nous vîmes de nombreux migrants se faire refouler comme des malpropres. Notre moral était sérieusement entamé quand nous nous sommes présentés devant les militaires. Officiers en uniforme ou simples soldats en armure électronique avec des casques évoquant des têtes d’insectes, tous étaient vêtus de motifs en triangles noirs et rouges typiques de la caste guerrière. Lourdement armés.

    Ils nous posèrent des tas de questions avec leur accent bizarre, puis nous scannèrent à tour de rôle avec de curieux appareils tubulaires.

    J’avais de la chance d’être jeune et en pleine santé. Certains de mes compagnons ne passèrent pas ce premier test. Je frissonne encore en repensant à la brutalité des soldats n’hésitant pas à frapper ceux qui protestaient contre leur décision irrévocable. Le plus agressif des migrants fut même abattu sur place pour montrer l’exemple. Et plus personne n’osa rien dire.

    Pour ceux qui restaient, nous avons subi une fouille corporelle des plus humiliantes. Ils nous avaient inspectés comme si nous n’étions que des marchandises sur une foire au bétail, puis nous avaient parqués pendant des heures dans des baraquements gelés et insalubres, sans sanitaires, sans eau ni nourriture. Même les rudes bergers à escarabes du Calsynn ne traitent par leurs insectes de cette manière. Quelle désillusion ! Je me souviens avoir pleuré, mon père m’aurait giflé s’il m’avait vu gaspiller mon eau de la sorte. À quinze ans, la plupart des garçons calsy sont déjà des hommes et leurs yeux sont aussi secs que le désert.

    Mais moi, au crépuscule de ma vie, il m’arrive encore de pleurer.

    Après un long interrogatoire individuel et une visite médicale complète, je perdis de vue mes compagnons d’infortune. On nous avait triés. Un officier me donna une carte de séjour magnétique à renouveler tous les trois mois, puis je découvris enfin ce que cachait cet énorme mur blindé. De l’autre côté, la gorge s’élargissait en formant une grande cuvette envahie d’immeubles de verre et de métal.

     

    Un énorme aéroport accueillait les navires volants des Thars. Une hôtesse m’expliqua avec condescendance que c’était le seul moyen d’atteindre une grande ville nordique. Comme je n’avais pas de quoi me payer ce genre de transport, on m’indiqua que je devais aller travailler dans la Glacière.

    D’après ce qu’on m’a raconté, elle n’a pas changé depuis cette époque.

    Derrière la ville et l’aéroport, le canyon se resserrait à nouveau en obliquant sur un axe est-ouest. La gorge étroite était tellement profonde entre les hautes falaises qu’elle était constamment à l’ombre sur des centaines de kilomètres de long. Un vent glacial y soufflait en permanence, provenant directement des steppes qui dominaient le paysage au-delà des montagnes.

    Sur les versants nord de la Muraille de Rouglace, le changement de climat était brutal. Il gelait parfois dans la Glacière même à la belle saison, le soleil n’atteignant jamais le fond du canyon. Le froid permanent rendait possible le stockage de blocs de glace produits en hiver pour les revendre toute l’année aux peuples du Sud.

    À cette époque, les machines de réfrigération n’étaient pas encore accessibles pour les habitants du Calsynn. Aujourd’hui elles sont encore très chères, des migrants doivent toujours y laisser leur santé.

     

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    C’est là que j’ai dû travailler pour gagner de quoi m’acheter une place dans un de leurs superbes vaisseaux aériens. Un boulot de forçat pour un salaire de misère. Je devais payer mon logement, ma nourriture, mon eau, absolument tout. Je me suis fait voler plusieurs fois mes maigres économies par des pauvres types aussi miséreux que moi. Mais sans honneur.

    Cinq ans ! J’ai trimé pendant cinq ans dans ces conditions pénibles, ombre, froid et blocs de glace, avant de réunir assez de zolkins (la monnaie tharse) pour espérer une vie meilleure. J’y ai développé de larges épaules mais surtout d’épouvantables problèmes de dos, et un caractère de plus en plus taciturne. Moins je devenais bavard et plus je prenais goût à l’écriture. C’est peut-être le seul point positif de mon renfermement, car je l’espère, mes textes vivront bien plus longtemps que moi.

    Rares sont les secteurs où  la nature est préservée dans le Tharseim… celui-ci en fait partie. Avant la prolifération industrielle, certains endroits devaient être magnifiques.

     

    Par la suite j’ai travaillé dans des usines, des serres hydroponiques, sur des bateaux, dans des élevages d’animaux qui ne voyaient jamais la lumière du jour… sous un climat de plus en plus froid et humide à mesure que je réussissais à continuer vers le nord, vers les mégapoles où j’espérais trouver un emploi plus rémunérateur.

    J’ai connu la rue dans leurs immenses cités, la faim, le froid, les ghettos, le mépris et l’arrogance de nombreux nordiques. J’ai aussi rencontré des personnes sensées, intéressantes, qui ployaient sous le même joug que moi, chacune à sa manière. J’ai eu la chance de rencontrer ma femme, nous avons eu des enfants.

    J’ai vécu l’arrivée au pouvoir de Hirdan Pascor il y a une vingtaine d’années. J’ai vu ce pays se dégrader encore plus, sombrer dans la peur et le cynisme.

    Et pourtant je suis resté. J’ai erré pendant des années d’une cité à l’autre avant de trouver un semblant de stabilité. Je me suis même lié d’amitié avec certains Thars.

    Mais il s’agit d’autres histoires que je vous raconterai une prochaine fois. »

     

    – Bakir Meyo, “Errances d’un Calsy dans le Nord”, extrait n°1. [journal illégal]

    Ghetto calsy de Svalgrad, ouest du Tharseim – Année 602 du calendrier planétaire.